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dimanche 19 janvier 2014

2014 : vers une nouvelle gouvernance de la culture scientifique en France ?

Episode 3 : quelles tendances pour la culture scientifique en 2014 ? (3/3)

Première présentation publique de FabLab organisée par
Relais d'sciences dans le cadre du programme Inmédiats
Quatre ans après les derniers grands mouvements dans le champ de la culture scientifique technique et industrielle (CSTI) avec la création d’Universcience par la fusion du Palais de la découverte et de la Cité des sciences, 2014 s’annonce comme une année de changement. Un nouveau schéma d'organisation de la CSTI en France devrait être présenté par Geneviève Fioraso, Ministre de la Recherche, lors du Forum national de la CSTI organisé à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, les 29 et 30 Janvier prochains.

Le rôle nouveau des conseils régionaux. Elément majeur de changement, le rôle confié aux régions par la loi du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche préparant un « acte 3 » de la décentralisation. Dorénavant, depuis le 1er janvier 2014, ce n’est plus Universcience qui va attribuer les crédits nationaux aux territoires, comme cela se faisait via les DRRT depuis quelques années, mais les conseils régionaux. En effet, ces crédits (qui représentaient 3,6 M€ pour l’ensemble des territoires en 2013) vont être versés directement aux régions, par la dotation générale que l’Etat transfère aux collectivités. Comment les régions vont-elles les affecter ? Selon quelles stratégies ? La situation peut être très différente d’une région à l’autre, d’où de nombreuses inquiétudes parmi les acteurs – sans compter la question du calendrier qui dérape, car à l’heure où j’écris ces lignes, ni les services de l’état en région, ni les services des régions ne savent encore comment, concrètement, ils vont pouvoir distribuer ces crédits, alors que l’année est déjà entamée !

Le repositionnement d’Universcience. Cette réforme s’accompagne aussi d’un repositionnement du pôle national de référence qui sort donc du circuit d’attribution des crédits nationaux aux territoires pour se concentrer, avec une certaine efficacité, sur le (co)développement d’outils et de méthodes avec les autres acteurs de la CSTI en France. En témoignent les projets en cours de réalisation cofinancés par le Programme des Investissements d’Avenir (PIA), comme le programme ESTIM Numérique, qui vise à mutualiser le référencement et la diffusion de l'ensemble des productions réalisées par les acteurs (audio, vidéo, expo, malettes, etc.). De même, se dessine une réduction des mandats pour la présidence d’Universcience, qui ne pourrait plus assurer en même temps la présidence du Conseil national de la culture scientifique, technique etindustrielle, coupant ainsi court à tout procès en conflit d’intérêt.

L’implication de nouveaux acteurs. D’autres organismes pourraient être appelés à jouer un rôle grandissant dans l’organisation de la CSTI en France, si les propositions formulées par l’OPECST dans l’un de ses tout derniers rapports (« Faire connaître et partager les cultures scientifiques, techniques et industrielles : un impératif » à télécharger ici au format PDF) sont retenues par le gouvernement.
·         L’IHEST, par exemple, (Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technique) pourrait être chargé de la création d’un « centre de communication scientifique » pour faire l’interface entre les journalistes et le monde scientifique, sur le modèle du Science MediaCentre de Londres.
·         L’OCIM (Office de coopération et d’information muséales) est de son côté appelé à siéger au Conseil national de la culture scientifique, technique et industrielle, et à intégrer – enfin ! – la CSTI dans ses compétences.
·         L’OPECST propose même d’organiser régulièrement des cafés des sciences dans les assemblées parlementaires, soulignant ainsi la nécessité d’un meilleur partage de la CSTI avec les élus.

Ajouté à cela, la désignation (antérieure à la publication du rapport de l’OPECST) de l’AMCSTI comme PCN (point de contact national) pour Horizon 2020, le nouveau programme de la commission européenne, et bien évidemment le rôle confié à l’ANRU pour la gestion et le suivi des 100 M€ de financement pour l’appel à projet « CSTI/égalité des chances », les propositions de l’OPECST constituent plutôt une bonne nouvelle pour les promoteurs de la pluralité dans la gouvernance !


Vidéo des débats organisés par l'OPECST à l'Assemblée Nationale le 13 juin 2013

Retour vers le futur. Ce rapport préconise un retour clair de la tutelle de la CSTI au Ministère de la recherche, c’est-à-dire un retour à la situation antérieure à la création d’Universcience, avec en plus la charge de coordonner la dimension transversale de la CSTI avec les autres ministères, plutôt que de créer une nouvelle structure interministérielle. Chaque année, l’Etat et les acteurs territoriaux se rassembleraient lors d’une conférence annuelle pour « débattre des questions touchant à la stratégie […] et échanger sur les bonnes pratiques » (p.217 du rapport) – une forme de pérennisation du Forum national initié par Universcience en 2011 ? Pour garantir la cohérence nationale et faciliter le travail des acteurs de terrain, les régions seraient appelées régulièrement à « énoncer leur stratégie » en lien avec le schéma stratégique proposé par le Ministère ; des financements spécifiques pourraient être attribués aux acteurs « têtes de réseaux » qui prennent la responsabilité de coordonner les acteurs sur leur territoire et de renforcer les mutualisations ; enfin l’OPECST propose la mise en œuvre d’une double labellisation permettant aux petites structures de continuer leurs actions sans être soumises aux mêmes contraintes que les organisations à dimension régionale.

Et les scientifiques dans tout ça ? Si les universités et centres de recherche sont appelés par l’OPECST à une mobilisation accrue pour contribuer au « développement du partage des cultures scientifique, technique et industrielle au sein du système éducatif » (partie 1), « réduire les inégalités d’accès au savoir scientifique et technologique » (partie 2), « promouvoir une culture apaisée du dialogue entre les acteurs de la science, la technique, l’industrie et le public » (partie 3), aucune recommandation ne leur est directement adressée pour « simplifier et améliorer la gouvernance » (partie 4 et dernière partie du rapport). A l’heure de l’autonomie des universités, au moment où elles doivent élaborer leur stratégie en tenant compte de leur implantation territoriale et de leur impact socio-économique, on peut s’étonner de l’absence de recommandation à leur égard en matière de gouvernance de la CSTI – recommandation qui aurait pu leur être profitable, étant donné la difficulté de nombre d’entre elles à penser leur politique de CSTI. De même, considérant les nombreuses réflexions et initiatives prises en matière de CSTI par les organismes de recherche (comme le récent Forum "Communiquer la science"), il aurait été intéressant de réfléchir avec eux et l’ensemble des autres parties prenantes au rôle qu’ils peuvent jouer dans cette nouvelle gouvernance…

Et vous ? Que pensez-vous de cette nouvelle gouvernance qui se mettrait en place en 2014 ? Discutons-en les 29 et 30 janvier prochains, au Forum national de la CSTI à Paris !

vendredi 10 septembre 2010

Forum territorial de la CSTI, vers une nouvelle gouvernance nationale ?

La complexité du climat, interprétée par le CCSTI du Rhône. (photo Ilan Ginzburg, murblanc.org)

Le 28 septembre prochain se déroulera à la Cité des sciences et de l'Industrie un Forum Territorial de la Culture scientifique technique et industrielle (CSTI). Initié par Universcience, ce forum constitue un premier temps fort dans l'élaboration d'un nouveau schéma de la CSTI au niveau national. Car des réformes importantes sont en cours. Outre la fusion de la Cité des sciences et du Palais de la Découverte en un unique établissement public (Universcience), le Ministère de la recherche a réorienté sa ligne d'action en matière de CSTI. Disparition de la mission culture scientifique, création d'une nouvelle direction scientifique "Science et Société", et transfert annoncé des crédits CSTI centraux à Universcience - charge au nouvel établissement de gérer et distribuer ces crédits dans les régions (voir organigramme de la DGRI du Ministère de la recherche).

L'enjeu pour les acteurs en région est conséquent. Même si les crédits alloués jusqu'ici par le Ministère de la recherche ne représentent souvent qu'un faible pourcentage du budget des CCSTI et autres associations, ils n'en permettent pas moins de faciliter l'obtention d'autres financements locaux. Et l'enjeu n'est pas que financier. Il s'agit de profiter de ces réorganisations pour inventer de nouvelles formes de collaborations entre Paris et les régions - voire des collaborations intra-régionales. Il s'agit aussi et surtout de repenser l'action culturelle autour des sciences en société et de l'impératif d'innover. Depuis plusieurs années, de nombreux réseaux locaux se sont constitués, articulant des acteurs divers pour le développement économique et social des territoires. Bien souvent, la CSTI favorise ces connexions, encourage les rapprochements, met en œuvre les collaborations. Il nous faut passer maintenant à l'étape suivante, celle qui consiste à articuler ces plates-formes territoriales entre elles et avec Universcience et au-delà. Militer pour une société solidaire des connaissances impose de penser local et global à la fois, de construire une approche moins concurrentielle des financements, et de préserver la diversité des acteurs, petits et grands, professionnels et amateurs. Espérons que ce Forum Territorial constitue la première étape de cette nouvelle voie...

PS : la participation au Forum du 28 septembre est gratuite mais l'inscription est nécessaire sur le site d'Universcience. (Faites vite, la clôture des inscriptions est prévue le 23 septembre !)

samedi 7 novembre 2009

Vers un Observatoire de la culture scientifique et technique

Les 26 et 27 novembre prochains, l'OCIM organise à Dijon deux journées de réflexion et de lancement d'un futur Observatoire national de la culture scientifique et technique (télécharger le programme définitif). Ce projet, initié par le Ministère de la Recherche, est en maturation depuis plus d'une année. D'un côté, il s'inscrit dans le mouvement profond initié depuis quelques années par la LOLF (loi organique relative aux lois de finance) puis par la RGPP (révision générale des politiques publiques) dans la perspective de réduire les déficits publics et, si l'on en croit leurs promoteurs politques, "à optimiser les services publics". Concrètement, ceci se traduit par des évaluations tous azimuts de l'utilisation des deniers publics par les services de l'Etat, des collectivités locales et territoriales, mais aussi par tous les établissements publics et les associations qui bénéficient de subventions. Ainsi, nous voilà tous embarqués dans la quantification de nos activités, tentant tant bien que mal à convertir nos exigences de qualité dans la conduite de notre action culturelle en statistiques facilement traitables par n'importe quelle macro de n'importe quel tableur de type Excel. Il nous faut donc produire du critère, et du critère chiffrable - sans quoi, point d'évaluation possible. L'effet pervers de cette louable politique de gestion publique consiste à focaliser sur les questions de type "combien de visiteurs entre 25 et 35 ans les jours de semaine ?" au détriment d'interrogations sur le comment et le pourquoi. Ce projet d'Observatoire de la CSTI participe forcément de ce mouvement, charge à nous, acteurs "de terrain", de l'enrichir et l'amener à constituer un véritable outil de travail, c'est-à-dire un outil de recherche et de développement.

Observer pour quoi faire ? C'est l'autre côté de ce projet : confier sa conception et sa réalisation aux acteurs eux-mêmes, sous pilotage de l'OCIM. Au-delà de la tactique classique d'acceptabilité (les chaînes sont plus faciles à accepter si vous les fabriquez vous-mêmes), nous devons saisir l'opportunité de la création de cet Observatoire pour consolider nos structures culturelles et faire mieux reconnaître leur rôle et leur impact : sur les publics, les territoires, et leur développement raisonné et durable. Pour ce faire, nous ne pourrons éviter de revenir une nouvelle fois sur la définition de la "culture scientifique et technique" (notons l'absence du "i" de industrielle ou de innovation dans l'intitulé de ce projet) afin de donner un sens à l'observation (qu'est-ce qu'on observe ? des actions ? des acteurs ? des publics ?). Nous devrons surtout nous adosser de manière plus affirmée à une recherche spécifique. En cela, l'Observatoire des Politiques Culturelles (OPC), fondé à Grenoble il y a tout juste 20 ans, constitue un modèle vertueux. Adossé à la recherche en sciences sociales et sciences politiques de l'Université de Grenoble depuis son origine, l'OPC mène des activités d'études et de recherche-action dans son champ d'activité, au bénéfice des chercheurs bien sûr mais aussi des acteurs locaux et nationaux des politiques culturelles. Un tel modèle devrait nous inspirer pour la création d'un Observatoire de la CST, afin de ne pas rester au niveau de la seule "mise en critère" de notre activité, mais bien pour rendre compte de son ampleur et de sa complexité, et contribuer à une réflexion prospective qui fait tant défaut dans notre domaine. Il se trouve qu'il existe en Rhône-Alpes un réseau de recherche pluridisciplinaire spécialisée sur l'étude des enjeux et représentations des sciences, des techniques et de leurs usages : le Cluster 14. Coordonné par Joëlle Le Marec (ENS-LSH), avec l'historien des sciences Dominique Pestre comme conseiller scientifique, ce réseau de chercheurs organise ses secondes Rencontres Annuelles du 16 au 18 novembre prochain (voir programme) à Lyon. Des contacts ont déjà été tissés par l'OCIM avec le Cluster 14 ; ils pourraient déboucher sur une expérimentation à l'échelle des deux régions (Bourgogne et Rhône-Alpes).
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Liens utiles :
www.ocim.fr
Cluster 14 : http://erstu.ens-lsh.fr/
Observatoire des politiques culturelles : www.observatoire-culture.net

mercredi 22 avril 2009

Nano : qu’attendre du grand débat national ?

Respectant un engagement pris lors du Grenelle de l’environnement, le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire (MEEDDAT) a saisi officiellement la Commission Nationale du Débat Public (CNDP), au nom de 6 ministères (économie, travail, agriculture, enseignement supérieur et recherche, défense, santé), pour organiser un débat public sur les nanotechnologies à l’échelle nationale [lire texte décision officielle de la CNDP]. Programmés pour le second semestre 2009, des débats vont être organisés dans une vingtaine de villes française – dont Grenoble et Lyon – animés, comme il est prévu dans le fonctionnement de la CNDP, par une CPDP (commission particulière du débat public) présidée par Jean Bergougnoux. Concrètement, nul ne sait encore la forme que prendront ces débats, si ce n’est que les universités sont sollicitées pour, éventuellement, prêter des locaux, et qu’un document d’initialisation des débats comportant à la fois des définitions scientifiques et des présentations d’enjeux devrait être publié dans les mois qui viennent. Le réseau des centres labellisés "Science et culture, innovation" devrait aussi être sollicité par le ministère de la Recherche, dans un objectif qui reste encore à préciser aujourd’hui.

A qui profite le crime ? A quoi (à qui) ça sert d’organiser un débat public national sur les nanos ? Sans remettre en cause l’absolue nécessité de réguler, élucider, évaluer, étudier, critiquer, informer sur les divers risques et incertitudes auxquels nous confronte un grand nombre de recherches et développements en nanosciences et nanotechnologies, on peut se poser la question de la finalité de ces débats. Car en la matière, l’expérience – contrairement aux idées reçues – révèle bien souvent des résultats contre-productifs. Frustration des participants, génération d’angoisse ou d’inquiétude chez les néophytes, surenchère parfois caricaturale des débatteurs, renforcement des antagonismes, et surtout absence de connexion claire avec la décision politique, l’éventail des griefs faits au débat public est large, et de surcroît proportionnel au degré de généralité du sujet. Qu’attendre alors d’une vingtaine de débats publics sur les nanos ? Sachant que d’importants financements sont annoncés par le Président de la République (projet NanoInnov), et qu’au moins 3 grands sites universitaires, scientifiques et industriels (Orsay, Toulouse, Grenoble) ont été labellisés « pôle de compétitivité de dimension mondiale » il y a déjà plusieurs années ? Une simple opération de « com’ » ? – ce serait faire preuve d’une légèreté écrasante de la part des ministères impliqués.

Car le débat public a des vertus. Par les enquêtes qu’elles ont menées auprès du public visitant l’exposition Nanotechnologies : infiniment petit, maxi défis à la Casemate à Grenoble fin 2006, les sociologues Marie-Sylvie Poli et Pascale Ancel ont montré que les personnes interrogées souhaitaient vivement l’organisation de débats publics pour éclaircir les différents enjeux des nanotechnologies. Cependant, à la question « souhaiteriez-vous participer à ces débats publics ? » ces mêmes personnes répondent ne pas vouloir s’engager personnellement dans ces débats. Qu’elles en attendent d’abord de l’information contradictoire, afin de nourrir leur propre opinion auprès de plusieurs « sons de cloche », de préférence discordants. Une forme de vigilance passive. Une attente sensiblement différente de celle des militants de la démocratie participative qui revendiquent de connecter le débat public directement à la décision politique, ce qui peut conduire parfois à une certaine instrumentalisation des premiers par les seconds, consistant à labelliser leurs propres opinions de « recommandations des citoyens ». Est-ce cela que recherchent certaines associations ou ONG militants pour un « débat public national » sur les nanos ?

Education à la citoyenneté.
Certes, rechercher tous les moyens d’articuler harmonieusement action et réflexion, décision et délibération, information et opinion, reste l’horizon dont chacun d’entre nous, élu ou non, scientifique ou non, ne doit cesser de vouloir s’approcher. Le débat public, tel qu’il se conçoit traditionnellement en France, n’est peut-être pas la meilleure façon d’y parvenir. En revanche – et en amont de cette ambition – le débat public, s’il suit les règles d’équité et d’argumentation établies dès l’antiquité grecque, se révèle un exercice efficace pour l’apprentissage de la citoyenneté (et pas seulement pour les plus jeunes). Savoir écouter, argumenter, distinguer la passion de la raison, respecter les règles…constituent autant de compétences citoyennes fondamentales qu’une pratique régulière du débat public peut permettre de développer. Ce point de vue est défendu notamment par l’Education Nationale dans le programme « ECJS » (éducation civique, juridique et sociale). Bien sûr, nous voici loin des nanos – et vraisemblablement de la commande des ministères. Et pourtant… agir en conscience, comprendre des arguments différents des siens, appréhender la complexité exigent un effort intellectuel, un exercice qu’il est nécessaire d’appliquer à la question nano si on souhaite la traiter efficacement.

Par delà le débat public. Surtout, il ne faudrait pas que cette grande initiative nationale constitue la réponse unique et définitive aux questions « sciences/société » posées par le développement des nanosciences et nanotechnologies. Le débat public est un moyen peut être nécessaire, mais pas suffisant, de parvenir à un meilleur « engagement du public dans la science » comme disent les Anglais (Public Engagement in Science). D’autres moyens, complémentaires, existent ou sont à inventer. Comme par exemple la création de scénarios prospectifs avec le public ou encore le travail collaboratif artistes/scientifiques…

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Pour suivre la mise en place du débat national sur les nanotechnologies : http://www.debatpublic.fr/
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Les illustrations sont de François Olislaeger.

vendredi 13 février 2009

La Casemate reçoit le label "Science et culture, innovation"

Les 24 premiers certificats du label national "Science et culture, innovation" ont été remis officiellement hier, par Gilles Bloch, directeur général de la recherche et de l'innovation du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, aux responsables des 24 CCSTI labellisés. Accordé pour une durée de 4 ans par un comité national de labellisation présidé par Pierre Encrenaz, chercheur en radioastronomie et professeur à l'Université Pierre et Marie Curie, ce label s'affiche comme un gage de qualité pour le public et pour les partenaires. Issu de la charte des CCSTI, il garantit que les structures labellisées satisfont aux trois exigences suivantes :
- se poser en "tête de réseau territorial"
- être un acteur de la médiation scientifique, technique et industrielle et du dialogue science-société
- être doté d'un système efficace de gouvernance (comité scientifique, comptabilité analytique, équipe professionnelle).

Pour un réseau national plus fort. Au-delà de la reconnaissance apportée à chaque structure, le Ministère entend relancer la dynamique collective par ce nouveau label. "Le comité de labellisation a fixé une feuille de route pas simplement à chacun, a précisé Gilles Bloch (photo), mais à tous collectivement en indiquant les principales pistes à suivre pour mieux travailler ensemble. La reconnaissance qui vous est accordée milite en faveur d’une communauté de réflexion et d’action." Référence à peine voilée à la vague de démission de la plupart des CCSTI de leur association nationale, la Réunion des CCSTI, dont les nouvelles orientations sont loin de faire l'unanimité. Et Gilles Bloch d'insister : "Ce processus de qualification des acteurs de CSTI et du dialogue science/société ne peut être efficace et porteur d’une nouvelle dynamique qu’à une seule condition, c’est que l’ensemble des acteurs travaillent ensemble et de manière coordonnée, qu’il s’agisse des CCSTI, des grands musées nationaux, des muséums et des musées de science en région, et bien sûr des organismes de recherche et des universités qui seront amenées, elles aussi, à jouer un rôle déterminant pour rapprocher la science de l’ensemble des citoyens." Un programme que nous développons à l'AMCSTI depuis quelques années déjà, où la mixité des structures et la diversité des approches contribuent bien plus qu'au sein de la Réunion des CCSTI à faire évoluer les pratiques et à démultiplier les actions.

Quelle place pour la culture scientifique et le dialogue science/société dans l'opération campus ? Quant aux relations avec les universités, force est de constater que les situations sont plutôt constrastées à l'échelle nationale. Le bon exemple à retenir ici me semble être celui de Bordeaux, où Bernard Alaux, le vigoureux directeur de Cap Sciences (5ème sur la photo en partant de la droite), est intégré dans la gouvernance du PRES (Pôle de Recherche et d'Enseignement Supérieur) Université de Bordeaux, au même titre que le directeur du CROUS par exemple. Cette décision structurelle traduit une vision stratégique des présidents d'université bordelais dans leur volonté d'interagir dans la durée avec les habitants et les différents acteurs locaux, et non d'agir par des "coups" et de se contenter de la Fête de la science, comme dans d'autres universités, comme à Grenoble.

Téméraire et paradoxal. "J’espère que les CCSTI auront à cœur de développer un esprit de coopération fructueuse", a conclu Gilles Bloch. "La dynamique recherche/innovation/société doit être l’une des réponses de la France à la crise économique mondiale, je crois que c’est un pari téméraire mais il faut que nous le relevions ensemble". Pari paradoxal aussi, puisque c'est au moment où l'Etat souhaite remobiliser les CCSTI et tous les acteurs de culture scientifique qu'il diminue ses crédits... Il ne suffira pas d'être téméraire, il faudra aussi faire preuve d'imagination, de créativité et d'autonomie pour aller chercher ailleurs ce qu'on ne trouve plus ici.
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Toutes les informations concernant le label national Science et culture, innovation sont sur le site web du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche : www.recherche.gouv.fr

mardi 25 novembre 2008

La longue marche vers le dialogue sciences et sociétés

It takes two to tango. Comment construire une communication « à double sens » entre sciences et sociétés ? Comment établir le dialogue ? La petite centaine de scientifiques, d’institutionnels de la recherche et de médiateurs qui s’est réunie pendant 2 jours au Palais d’Iéna (CESE) a tenté d’apporter des réponses à ces questions qui semblent aujourd’hui faire consensus, dans la communauté scientifique comme au plus haut niveau de l’Etat. Mais comment établir le dialogue sans l’autre ? Pourquoi les représentants de la société civile, organisée ou non, n’ont-ils pas répondu présents à l’invitation ? Il faut dire que les barrières à l’entrée de ces deux journées étaient élevées : obligation de rédiger une lettre de motivation pour solliciter une inscription, dossier de candidature en ligne à compléter et contrôles de sécurité à l’entrée du bâtiment. Rien qui ne facilite vraiment une participation spontanée…

Peu de dialogue live donc mais beaucoup de dialogues sur le dialogue. Au chapitre des comptes-rendus de recherche, on retiendra l’intervention de la sociologue autrichienne Ulrike Felt, sur le thème : "prendre la société de la connaissance au sérieux" (Taking European knowledge society seriouslydisponible en ligne). "Plutôt que de déconstruire les concepts, comme on le fait traditionnellement en SHS, nous les avons questionné afin de repérer les axes de progrès pour une meilleure gouvernance démocratique des sciences en Europe" a-t-elle expliqué. Ceci passerait par une réflexion sur le sens de l’innovation (innover toujours plus ou innover de manière participative ?), la réappropriation de la question du risque par le politique (et non plus seulement laissée à l’expertise technoscientifique), et enfin par une meilleure prise en compte de l’imaginaire et des « grands récits » (Master narratives) à l’œuvre dans nos cultures européennes.

Oui, vous avez bien lu : « culture ». Car c’est bien d’un manque d’historicisation et de contextualisation du projet scientifique dont nous souffrons aujourd’hui – bref d’un manque de culture sur la science. Sur ce thème, l’intervention du philosophe Heinz Wismann a été lumineuse et stimulante. S’appuyant sur un ouvrage publié en 1981 par un autre philosophe allemand, Hans Blumenberg, intitulé "La lisibilité du monde", Heinz Wismann s’est interrogé : "Que voulions-nous savoir lorsque, au siècle des Lumières, nous avons lancé le projet scientifique ?"

Après trois siècles et demi de développement scientifique, le monde n’a jamais été autant déchiffré : depuis le décryptage du génome humain jusqu’à la traque des plus petits composants de la matière, rien ne semble échapper au pouvoir de connaissance des chercheurs. Et pourtant. L’augmentation de la lisibilité du monde s’est accompagnée d’un sentiment de désenchantement. "Est-ce cela que nous voulions en cultivant les savoirs ?" Pour comprendre le désenchantement contemporain, Heinz Wismann suit la thèse de Blumenberg, qui postule qu’à l’origine de tout projet scientifique se trouve une métaphore, celle du "Livre Unique". Lire le réel comme un livre, voici comment on pourrait formuler, d’après lui, l’intention de toute démarche de connaissance scientifique. Cette idée implique que l’origine du projet scientifique n’est pas scientifique, mais d’un autre ordre, à rechercher dans le langage commun. En conséquence de quoi, "on ne peut convaincre nos concitoyens de l’intérêt de la science avec le langage de la science". Habile raisonnement qui replace le politique au cœur de la problématique et qui confirme que la science ne peut être qu’en sociétés.

Est-ce que la lisibilité du monde est atteinte aujourd’hui ? Il est permis d’en douter. Quelles sont alors les intentions actuelles de relance du projet scientifique ? La Ministre Valérie Pécresse est venue nous le rappeler en introduction : "c’est de la science que viendra la solution pour sortir de la crise financière actuelle". Après avoir contribué à décrypter le grand livre du réel, les scientifiques sont maintenant invités à remplir les caisses. Le désenchantement en sera-t-il moins grand ?

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Sciences en société : dialogues et responsabilité scientifique. Colloque organisé dans la cadre de la Présidence Française de l’Union Européenne (PFUE) par le Mouvement Universel de la Responsabilité Scientifique (MURS) et le CNRS, les 24 et 25 novembre 2008 au Conseil Economique Social et Environnemental, Palais d’Iena, à Paris.
www.sciencesensociete.eu/


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A cette occasion, le MURS a diffusé le dernier numéro de sa revue, « Science et Devenir de l’Homme ». Titré « Sciences, technologies et savoirs en sociétés » ce numéro double (57/58) est issu des travaux de l’Atelier de Recherche Prospective (ARP) organisé en 2008 sous la direction de Dominique Pestre, afin de préparer le futur appel d’offre « sciences en société » de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) – voir mon article sur ce blog : L'ANR prépare un appel d'offre Sciences et Société.
http://irevues.inist.fr/MURS

vendredi 17 octobre 2008

Fête de la science ?

Lu dans le rapport de stage d'une étudiante en 2ème année de Master Communication Scientifique et Technique de l'Université Stendhal à Grenoble :

"La France voudrait former, dans tous les domaines, des chercheurs renommés et faisant de grandes découvertes, pour afficher un certain prestige. Elle encourage donc toute démarche de séduction vis-à-vis des enfants (et futurs étudiants). Cependant, elle n'attribue aucune priorité budgétaire à ces questions. Dans un contexte politique où le prestige scientifique et la compétition technologique entre états est si grande, pourquoi les institutions de diffusion de la culture scientifique et technique ainsi que les établissements publics de recherche, notamment les universités, ont-ils de plus en plus de mal à "s'en sortir" financièrement ? Certaines filières sont-elles délaissées au profit d'autres ou est-ce un désintérêt total de la recherche par les instances gouvernementales ? Bien que les discours prônent les découvertes scientifiques, pourquoi constate-t-on une baisse des budgets dans ces domaines ? Les savoirs devraient-ils rester la seule propriété de quelques savants ? N'est-ce pas contradictoire d'encourager la Fête de la Science d'un côté et réduire toutes les dépenses de diffusion des connaissance de l'autre ?"

Cette année, la Fête de la science se déroulera du 14 au 23 novembre.

lundi 6 octobre 2008

Scénarios prospectifs pour CCSTI 2.0

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Le 2 octobre dernier s'est déroulée à la Casemate, lors d'un conseil d'administration élargi, la présentation des 4 scénarios (voir ci-dessus) issus des travaux du comité de prospective mis en place en 2007 [lire sur ce blog le compte-rendu de sa première réunion]. Réalisés selon la démarche classique : diagnostic forces/faiblesses, identification des enjeux au futur, évaluation des capacités de réaction, et création de nouveaux axes de positionnement, ces 4 scénarios ont fait l'objet d'un débat finalement assez consensuel dans une assemblée d'environ 40 participants, administrateurs du CCSTI Grenoble ou non.

Dépasser le "long fleuve tranquille". Débat consensuel car, comme l'a fait remarqué Yves Le Bars, membre du comité de prospective, ces scénarios sont "plutôt cumulatifs et non alternatifs". A ses yeux, le principal problème du CCSTI Grenoble est un problème de lieu. "Lorsque j'ai fait mon pot de départ au début des années 80 [YLB travaillait dans l'équipe municipale dirigée par Hubert Dubedout], le CCSTI était déjà dans ces casemates. Il est clair que le renouvellement qu'il cherche aujourd'hui passe par une libération de cet espace trop contraint." Vieux serpent de mer dans le "long fleuve tranquille" du CCSTI Grenoble, la question du lieu est à étudier dorénavant dans la perspective de "Grenoble Université de l'innovation" - du nom de la réponse de la communauté universitaire et scientifique locale à l'appel à projets "opération campus" lancé par le Ministère de la recherche avant l'été. Si les réponses restent encore à construire, tous s'accordent sur le constat et sur la dynamique d'innovation du CCSTI. "Le public est prêt à ce que ça change" a assuré Marie-Sylvie Poli, chercheur en muséologie associée au CCSTI Grenoble et membre de son comité de prospective, "il n'y a pas de frein, au contraire : il y a des attentes." D'où l'intérêt manifesté par l'ensemble des participants pour les scénarios 3 et 4 "créateur d'expériences" et "producteur de savoirs".

Renouer avec le monde universitaire. "Comment mettre en oeuvre ces scénarios ? Qu'en pensent les financeurs ?" a demandé, réaliste, Jacques Joyard, biologiste et membre du comité de prospective. "Il va falloir les mobiliser pour qu'ils puissent s'en saisir" a répondu Morad Bachir Chérif, adjoint au Maire de Grenoble, en charge de la culture scientifique technique et industrielle. Dans un contexte budgétaire fragile, restent à identifier de nouvelles sources de financement. Mentionnée à plusieurs reprises comme peu présente dans les scénarios, la dimension "internationale" pourrait constituer une piste... "A sa création en 1979, le CCSTI représentait une innovation majeure dans l'action culturelle de popularisation des sciences" a rappelé Alain Némoz, président fondateur de l'association et physicien grenoblois. "Il faut maintenant passer à une seconde étape innovante qui nécessite de refléchir sur l'évolution de l'institutionnalisation de l'organisme. Issu du monde universitaire et scientifique, il s'en est peu à peu détaché, dans un mouvement de professionnalisation et d'autonomisation. Aujourd'hui, tout l'enjeu pour le CCSTI Grenoble consiste à renouer en profondeur avec le monde universitaire et scientifique, sans y être absorbé, ni envahi par des pratiques d'une époque révolue." a-t-il conclu. On ne saurait dire mieux.

A suivre...

vendredi 15 février 2008

Coupes sèches au Ministère de la Culture

Le Ministère de la Culture abandonne le financement de la culture scientifique technique et industrielle en région. Reçu le 30 janvier dernier, un courrier signé du Directeur régional des Affaires Culturelles (DRAC) Rhône-Alpes, nous expliquant que :

"Sans remettre aucunement en cause la pertinence de votre action, et son intégration dans le cadre du réseau régional des CCSTI, je me dois de vous informer que, dans le contexte budgétaire actuel, la DRAC ne pourra désormais plus soutenir ce programme" [les actions du CCSTI Grenoble]

Les autres centres financés en région ont reçu le même courrier. Exit donc le financement de 10 000 euros que la DRAC nous attribuait chaque année ! Etrange politique pour un gouvernement qui s'enorgueillit de "relancer l'Europe" en misant plus que jamais sur l'innovation et la connaissance...

Et ce n'est pas tout ! Les coupes sèches ne concernent pas que la culture scientifique mais aussi les actions culturelles en milieu rural et la culture multimédia. Là encore, absurdité que d'affaiblir un secteur déjà fragile, et au cœur d'un des plus profonds processus de transformation de nos sociétés de ces 30 dernières années. L'innovation tant espérée par nos dirigeants passe notamment par internet, les réseaux numériques - l'informatisation de la société, comme on disait dans les années 80. Supprimer les crédits à des structures culturelles qui questionnent et diffusent ces pratiques et concepts semble aller à contre-courant des aspirations vers une "société de la connaissance" !

Réagir. Tous les acteurs de la culture multimédia en France se rassemblent et appellent à une mobilisation pour un réexamen par la Ministre de la Culture de cette décision. Une pétition en ligne est ouverte sur le site de la toute nouvelle Fédération Nationale des Acteurs "Culture Multimédia" [www.culture-multimedia.org], qui regroupe déjà 1324 signataires. Et le 18 février prochain, à 10h30 à la Maison Populaire de Montreuil, célèbre Espace Culture Multimédia (ECM), une assemblée générale est programmée pour décider collectivement des actions à entreprendre pour lutter contre ce désengagement financier de l'état [plan d'accès].

Qui se souvient du Quai des Clics ? Nous nous sentons particulièrement concernés à Grenoble, car nous avons été l'un des premiers ECM à ouvrir en France, fin 1998-début 1999. Pendant près de 5 ans nous avons accueilli un public de tout âge pour l'initier à internet, favoriser la créativité, débattre des enjeux, donner la parole aux artistes et mobiliser chercheurs et professionnels... Les nostalgiques peuvent toujours consulter en ligne les fameuses "Grenoble Web Sessions" :)

Hélas, nous avons dû fermer boutique en 2004, faute de crédits... de la Région Rhône-Alpes cette fois-ci, qui considérait, avec la délégation régionale du Ministère de la Recherche (DRRT), qu'il était temps de passer à autre chose. Pourtant, le public était au rendez-vous, les partenaires toujours actifs.

Quel est le problème, finalement ? En coupant les aides publiques aux actions culturelles visant l'appropriation et la critique d'objets et de services innovants, le gouvernement nous pousse vers les entreprises, afin d'obtenir des financements privés. Comment alors conserver l'autonomie nécessaire pour développer une véritable approche culturelle ? Je me souviens de l'opérateur historique de télécoms français qui martelait à longueur de publicité au seuil de l'an 2000 : "Internet, c'est Wanadoo", induisant le public, les consommateurs et les citoyens en erreur. D'où mon refus d'un partenariat permanent avec France Telecom pour le Quai des Clics. Est-ce cela que cherche ce gouvernement ? Que Google nous apprenne à nous informer ?
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CCSTI ECM. Un autre CCSTI, plus robuste, a su résister et maintenir son activité d'Espace Culture Multimédia, c'est l'excellent Espace Mendès France, à Poitiers.

vendredi 7 septembre 2007

Le Ministère de la Recherche relance la labellisation des CCSTI

Après avoir signé un protocole en mars dernier (photo : François Goulard, Ministre de la Recherche, et Christine Welty, Présidente de la Réunion des CCSTI), le ministère de la Recherche, en étroite collaboration avec la Réunion des CCSTI, association nationale fédérant les 43 centres de culture scientifique technique et industrielle français, vient de lancer une nouvelle procédure de labellisation. [Documents disponibles sur le web du Ministère]

Ce processus intervient après une longue période de flou, durant laquelle le Ministère en charge de la Recherche avait un positionnement fluctuant envers les CCSTI. Outre la coordination de la Fête de la Science dans les régions, lancée en 1992 par Hubert Curien alors Ministre de la Recherche et de l'Espace, les attentes du Ministères envers les CCSTI étaient à géométrie variable. Vitrine "grand public" des recherches locales ? Promotion des métiers et carrières scientifiques auprès des jeunes ? Coaching de chercheurs mal à l'aise pour communiquer en public ? Mise en oeuvre de dispositifs de participation des publics ? On a même entendu un ministre (Allègre) marteler que "la capitale, dans culture scientifique, elle doit être à Science et non à Culture".

On ne peut donc que se réjouir de ce regain d'intérêt du Ministère de la recherche pour les CCSTI. Quels sont alors les critères pour être labellisé en CCSTI 2007 ? Tout d'abord, il faut comprendre que le label attribué ne sera pas "CCSTI" mais : "Science et culture, innovation". Cela signifie-t-il que des CCSTI pourraient ne pas être labellisés "Science et culture, innovation" ? Et, symétriquement, d'autres structures non CCSTI pourraient-elles être labellisées ? Rien ne l'interdit, et lorsqu'on interroge les gens du Ministère à ce sujet, cela semble clair : pourquoi un service de diffusion de la culture scientifique d'une Université ne pourrait-il pas, par exemple, prétendre à être labellisé, si tant est qu'il respect les critères établis ?

Décryptage : politiquement d'abord, cette stratégie permet d'éviter un nouvel affrontement direct avec certaines régions (dont Rhône-Alpes) qui ont reconnu unilatéralement des CCSTI. Ainsi, ces CCSTI "locaux" pourraient conserver leur dénomination de CCSTI - mais sans labellisation nationale, donc sans engagement de financement pérenne de l'Etat. Ensuite, cette stratégie ouvre grande la porte aux Universités et organismes de recherche. Ici, le Ministère cherche à encourager ces structures à s'engager et s'investir toujours plus dans les actions de médiation et de diffusion de la culture scientifique technique & industrielle. Un parallèlisme est même recherché dans les calendriers avec celui des contrats quadriennaux des Universités.

Finalement, sur quoi repose cette procédure de labellisation ? Quels sont les exigences de l'Etat pour attribuer ce nouveau label ? Il y en 3 :
  1. être une "tête de réseau territorial", c'est-à-dire à la fois bien connaître son environnement, valoriser l'activité de recherche en région, être un centre de ressource et de diffusion, coordonner des événements culturels et scientifiques et mettre en oeuvre des politiques de formation à la médiation scientifique.
  2. être "acteur de la médiation scientifique, technique et industrielles et du dialogue Sciences et Société", c'est l'exigence véritablement culturelle, qui repose sur la mise en oeuvre d'une programmation culturelle traduisant un certain regard sur la médiation scientifique et le dialogue Sciences et Société.
  3. être doté d'une gouvernance et d'un système d'organisation montrant à la fois la dynamique professionnelle de la structure (statuts de l'organisme, organisation générale, politique de RH, expertise extérieure, système de gestion) et sa capacité à accueillir les publics.
Une première "campagne" de labellisation démarre en ce début de septembre 2007 (date limite de dépôt des dossiers à la DRRT de sa région : 21/09/07). Elle est réservée aux CCSTI qui souhaitent s'impliquer. Les résultats sont attendus pour le 1er trimestre 2008, avec publication au Journal Officiel des heureux (?) élus. A suivre...