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vendredi 23 mars 2012

Co-construire les savoirs de demain

Le 21 mars dernier, à l’invitation de l’équipe du Mundaneum (Mons, Belgique), j’ai donné une conférence intitulée « Numérique et médiation scientifique : co-construire les savoirs de demain ». Pour répondre à plusieurs questions qui m’ont été posées à la suite de cette intervention, je publie ci-après les grandes lignes de ce que j’ai dit, ainsi que les références des expériences, créations et vidéos brièvement évoquées.

Point de départ de la conférence, la préparation par le Mundaneum d’une exposition baptisée «Renaissance 2.0» pour la rentrée 2012. Ce projet, inscrit dans la dynamique Mons 2015 Capitale européenne de la culture, est centré sur la question de l’organisation et de l’accès aux connaissances à l’ère digitale. Ayant repéré l’expo «Tous connectés ?» à la Cité des Sciences et de l’Industrie, l’équipe du Mundaneum souhaitait rencontrer la Casemate pour discuter sur une éventuelle collaboration et échanger des idées sur ce sujet ambitieux. Entretemps, le lancement officiel du projet INMEDIATS, cofinancé par les Investissements d’Avenir, renforça un peu plus encore l’intérêt du Mondaneum pour notre démarche.

Qu’est-ce que le Mundaneum ?
Mundaneum
Souvent qualifié de « Google de papier », le Mundaneum témoigne d’une expérience étonnante, menée à l’articulation des 19ème et 20ème siècles par Paul Otlet et Henri La Fontaine, d’indexation par un système complexe de classification par fiches de l’ensemble de la connaissance publiée à leur époque. Destinées prioritairement aux chercheurs, les milliers de fiches étaient rédigées à la main dans plusieurs langues par des correspondants disséminés dans le monde entier. Brutalement stoppée par la seconde guerre mondiale et par la disparition de ses deux fondateurs visionnaires, cette expérience est aujourd’hui tirée de l’oubli par la volonté du Premier Ministre Belrge, Elio di Rupo (également bourgmestre de Mons) et de l’entreprise Google qui vient de signer un partenariat avec le Mundaneum [voir cette vidéo], s’offrant ainsi une profondeur historique (et, opportunément*, un ancrage culturel européen).

Numérique et médiation scientifique

Mon intervention était organisée en 4 parties. Dans la première, j’ai rappelé les filiations historiques des centres de culture scientifique en France en général, et de la Casemate en particulier : les présentations scientifiques sur les champs de foire au 19ème siècle, la création du Palais de la Découverte en 1937 puis celle de l’Exploratorium à San Fransisco en 1968, et enfin celle de la Casemate et des CCSTI français à partir des années 1980. J’ai raconté cette histoire en détails dans un livre publié à l’occasion des 30 ans de la Casemate: la Science en public, regards croisés à partir de l’expérience du CCSTI Grenoble (PUG, 2010).

Dans la seconde partie, j’ai commencé par expliquer notre intérêt pour le numérique par notre engagement, depuis une dizaine d’années, dans l’expérimentation de dispositifs facilitant la participation des publics dans des sujets sociotechniques controversés, comme celui du développement des nanotechnologies. J’ai évoqué: 
  • L’expérience « papier-crayon » dans notre Expo Nano : à lire l'article de Marie-Sylvie Poli et Pascale Ancel dans lettre de l’OCIM n°118 "Opinion publique et nanotechnologies" (PDF)
  • Les ateliers de type "jeux de discussion" comme Play Decide (www.playdecide.eu) sur différents sujets, dont les xénogreffes par exemple ; 
  • Les concours photo et vidéo FUTU et SITU destinés à intégrer des réalisations de jeune au sein d’une exposition en cours de création (voir teaser vidéo ci-dessous, et les vidéos réalisées sur la chaîne YouTube de la Casemate).

Ma troisième partie était consacrée d’une part aux expositions Arts-Science présentées ces dernières années à la Casemate : « les mécaniques poétiques d’EZ3kiel » (2009) [voir diaporama] et « XYZT, les paysages abstraits » (2011) d’Adrien Mondot et Claire Bardainne [voir vidéo sur Viméo] qui offrent un visage inédit et émotionnel des technologies numériques et, d’autre part, à la transformation actuelle du plateau central de la Casemate en un Fab Lab ouvert à tous les publics (lire "Faites-le vous-mêmes au Fab Lab de la Casemate"). 

Enfin, j’ai conclu sur une brève présentation du projet INMEDIATS, porté par un collectif de 6 centres de sciences français. J’ai présenté le réseau social territorial ECHOSCIENCES GRENOBLE qui vient d’être mis en ligne (le 12 mars 2012) et fait le lien avec l’ouverture d’Expo Fab Lab à la Casemate, 2 projets qui s’inscrivent dans la dynamique INMEDIATS.

A noter : cette conférence fut augmentée d’une performance musicale d’Arnaud Eeckhoud, organisée avec le soutien de Transcultures. Un mix exécuté directement sur le site www.freesound.org, bibliothèque de sons open source, détournée avec brio pour l’occasion !

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Notes :
* La nouvelle politique de confidentialité imposée par Google à ses clients inquiète l'Union Européenne, qui souhaiterait "une pause" dans sa mise en oeuvre afin d'évaluer les risques potentiels sur les libertés des citoyens européens (source).

mardi 27 décembre 2011

Les 10 évènements marquants de la CSTI en 2011

Les fins d'années sont propices aux récapitulatifs rétrospectifs. S'il ne fallait conserver de l'année 2011 que 10 évènements pour le milieu de la culture scientifique en France, lesquels choisiriez-vous ? Je me suis plié à l'exercice, entre bûches de Noël et bulles du réveillon. Voici ma sélection, forcément subjective, partiale et arbitraire - et je l'assume ! Qu'en pensez-vous ? Auriez-vous fait les mêmes choix ? Qu'auriez-vous retenu, vous, de cette année 2011 ?

NUMBER ONE : SUPER SUPRA

2011, c'était le centenaire de la découverte de la supraconductivité, avec un joli site ludique du CNRS (et un plus sérieux pour regrouper toutes les manifestations). Le public a pu (re)découvrir et expérimenter la lévitation sur aimant supraconducteur grâce au Magsurf à Paris (vidéo ci-dessus) ou au lévitateur humain (photo) à Grenoble. L'occasion de rêver sur de futures applications pour les transports - dont les images ont colonisé notre imaginaire depuis déjà des décennies. Ah, les voitures volantes !!! (Lisez le beau catalogue de l'expo montée par Patrick Gyger alors qu'il était encore directeur de la Maison d'Ailleurs à Yeverdon-les-Bains).

#2 LIAISONS DANGEREUSES
2011, c'était aussi l'Année Internationale de la chimie. Conférences, expositions ('Tout est chimie" de Centre Sciences, "Chimie même pas peur!" à La Turbine), débats, colloques, jeux de piste, évènements divers notamment à l'occasion de la fête de la science... quelques controverses aussi - il faut dire que la chimie le mérite bien - comme le coup de gueule de Richard Emmanuel-Eastes sur Knowtex, "contre une image édulcorée de la chimie".

#3 LA CULTURE SCIENTIFIQUE, UN INVESTISSEMENT D'AVENIR
Rentrée Septembre 2011. Les ministres de l'éducation nationale, de la culture, de l'enseignement supérieur et de la recherche, de la ville, de l'industrie, et le commissaire général à l'investissement rendent publique la liste des projets sélectionnés suite à l'appel à projet CST/Egalité des chances (dont j'ai déjà parlé ici). 12 projets sont retenus et financés pour une durée de 4 ans (liste) dont le projet INMEDIATS (innovation, numérique, territoires) porté par Cap Sciences, Relais d'Sciences, Espace des Sciences, Science Animation, Universcience et... le CCSTI Grenoble ! :-D

#4 CULTURE SCIENTIFIQUE ET CULTURE NUMÉRIQUE
2011 aura été l'année des croisements et rapprochements entre acteurs de la CSTI et acteurs du numérique. On retiendra la fin de la résidence Museolab 3 initiée par le living lab ERASME, l'énorme journée "Imaginaires du savoir" proposée par Cap Sciences à Bordeaux, la journée "Médiation culturelle des sciences sur le web" à l'Université de Lyon avec une soirée délocalisée du Grand Mix animée par Knowtex, et bien sûr l'évènement Muséomix au Musée des Arts Déco à Paris (voir par exemple le projet "Rhino" dans la vidéo ci-après).



#5 L'ANNEE TWITTER
Dans la foulée, des institutions, des pro, des étudiants en CSTI ont créé leur compte Twitter : la Turbine (@CCSTI74), Relais d'Sciences (@relaisdsciences), Science Animation (@ScienceAnim), et récemment l'Espace Pierre Gilles de Gennes (@ESPGG). Des hashtags tels que #cstloub ont fait leur apparition, pour regrouper les twits des étudiants du Master de com scientifique et technique de l'université Stendhal de Grenoble... Parmi les twittos les + actifs : Sébastien de Cap Sciences (@z3zone), Malvina de Science Animation (@MalvinaArtheau), Bruno de Relais d'Sciences (@Brunodoss14). De mon côté, je twitte via @LaurentChic ;-)

#6 LANCEMENT DE L'EUROPE DES VILLES DE LA CSTI
Septembre 2011, Paris. 1ère conférence plénière du projet européen PLACES (site web), coordonné par les 3 grands réseaux continentaux de CSTI (ECSITE, EUSEA, ERRIN) et l'Observatoire de la communication scientifique de l'Université Pompeu Fabra de Barcelone. Près de 70 villes impliquées, associant élus locaux et acteurs de CSTI, dans l'objectif de consolider et démultiplier les politiques locales de communication scientifique. C'est la plus grande mobilisation d'acteurs locaux jamais réalisée à l'échelle européenne, en dehors d'évènements de type Fête de la science ou Nuit des chercheurs. L'opportunité de travailler dans la durée...

#7 EXPO SACRE SCIENCE ! CROIRE OU SAVOIR...
13 mars 2011, le Muséum de Neuchâtel ouvre sa nouvelle exposition "sur la science, ses méthodes et ses limites, entre savoirs et croyances." (site web). Comme à son habitude, l'équipe de Christophe Dufour crée l'évènement. Ils nous plongent cette fois-ci au coeur de la démarche scientifique, confrontant savoirs et croyances, questionnant par une scénographie créative nos représentations et schémas de pensée. Indispensable ! à voir  jusqu'au 21 décembre 2012.

#8 EXPO XYZT, LES PAYSAGES ABSTRAITS
Autre expo qui aura marqué 2011, XYZT, les paysages abstraits d'Adrien Mondot et de Claire Bardainne (site web) présentée à la Casemate à Grenoble d'octobre à fin décembre. Fréquentation record (plus de 7000 visiteurs) pour ces univers étranges mêlant un virtuel sobre, noir et blanc, au réel et à ses mouvements. Un travail au croisement entre arts et sciences, interaction et contemplation, merveilleux et informatique...

#9 EXPO MATHEMATIQUES, UN DÉPAYSEMENT SOUDAIN
Dernière expo que je retiendrais de 2011, celle de la Fondation Cartier pour l'Art Contemporain sur les maths (site web). Certes, on a connu David Lynch plus inspiré, mais cette expo sur les sciences dans un lieu consacré à la création contemporaine traduit bien l'esprit de notre époque, à la recherche de nouvelles alliances entre arts et sciences, pour élaborer de nouvelles grilles de lecture de notre culture contemporaine. Regarder et écouter Cédric Villani filmé par Raymond Depardon et Claudine Nougaret, un vrai régal ! Lisez l'excellent catalogue si vous n'avez pas la possibilité de la voir à Paris (jusqu'au 18 mars 2012).
Mathématiques, un dépaysement soudain. Photo Olivier Ouadah. 
#10 VOTONS POUR LA SCIENCE !
Pour terminer ce palmarès, je retiens l'initiative de la très active communauté des bloggeurs de science (C@fe des sciences), avec le site Votons pour la science, lancé pour animer le débat et questionner les candidats à l 'élection présidentielle de 2012 sur leur politique scientifique et leurs visions des sciences en société. Une belle initiative citoyenne et de médiation, qui mérite d'être mieux connue. Faites passer !

J'espère que cette sélection personnelle vous aura rappelé de bons souvenirs, vous aura fait penser à d'autres évènements mémorables de 2011. N'hésitez pas à commenter, critiquer, compléter... et bonne année 2012 à toutes et à tous !

mercredi 25 novembre 2009

Concours vidéo FUTU : imaginez la ville 2.0 !


A quelques jours du débat public national sur les nanotechnologies à Grenoble, le 1er décembre prochain à Alpes Congrès, nous proposons aux jeunes adultes (18-25) un autre mode d'expression, sur l'un des sujets traités dans ce débat : informatique, nanotechnologies et libertés individuelles. Nous organisons en effet le week-end suivant, les 5 et 6 décembre 2009, un concours de création vidéo en temps limité (48h chrono) sur le thème : "Vivre la ville 2.0" ou comment imaginer la ville de demain à l'épreuve des objets et services issus de la nano-électronique et de la nano-informatique...

Baptisé FUTU, ce concours vidéo s'inscrit dans la réalisation d'une des prochaines expositions de la Casemate, "Futurs en kit". L'idée consiste ainsi à faire participer des jeunes adultes à l'élaboration des contenus et cette expo. Pendant tout le week-end, qui se déroulera en montagne, nous mobilisons des ingénieurs de l'INRIA, une sociologue, un architecte, et un designer (enseignante à l'ENSAD) pour constituer le jury du concours vidéo, et surtout pour accompagner les participants dans l'élaboration de leur scénario. L'objectif est de produire 10 vidéos (1 par équipe) susceptibles d'être diffusées dans l'exposition Futurs en kit. Celles qui seront jugées les 3 meilleures, feront l'objet d'une diffusion à la Cité des Sciences et de l'Industrie, à Paris, le 11 mars 2010, en présence de leurs auteurs.

A nous, simples citoyens, de prendre la main. Car pour parler de ces technologies et de leurs impacts, il faut bien sûr comprendre leur fonctionnement, toute la science et la technologie dont elles sont issues, mais il faut aussi se projeter dans des usages, des pratiques, et des représentations. Il faut les "faire jouer", sortir des sentiers battus des modes d'emploi rédigés par les ingénieurs (modes d'emploi que plus personne ne lit) et s'en emparer, techniquement, pratiquement et symboliquement. Les révéler, les détourner, les transformer. D'où la nécessité que ces nouvelles technologies soient le plus "open source" possible, afin de conserver la plus grande marge de manoeuvre pour l'usager, le citoyen. Dans son ouvrage "The internet of things", (à télécharger ici) Rob van Kranenburg de la Waag Society (Amsterdam) écrit : “Deux voies auront pour résultat moins de dialogue, moins de communication, moins d’innovation, moins d’options durables. La première s’organise autour du contrôle (…) La seconde cherche à masquer la complexité technologique derrière des interfaces utilisateurs toujours plus simples (…) Dans les deux cas, les citoyens ne peuvent pas apprendre comment fonctionner au sein d’un tel système, ce qui ouvre par conséquent toutes sortes de scénarios d’effondrement.”

C'est le point de vue que nous partageons et c'est dans cette perspective que nous vous proposons de contribuer à la réalisation du projet Futurs en kit, en participant à FUTU, concours de création vidéo en temps limité les 5 et 6 décembre prochains. Inscrivez-vous vite en remplissant ce formulaire à télécharger (PDF), quelques places sont encore disponibles !
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FUTURS EN KIT est un projet en partenariat avec la Cité des Sciences et de l'Industrie, réalisé dans le cadre du projet européen NANOYOU (www.nanoyou.eu)
+ d'infos sur www.ccsti-grenoble.org
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Illustration : Projet Moving Catcher proposé par P.Gaudet et S.Leibe, étudiants à l'école supérieure d'architecture de Grenoble, lors d'un atelier (sept-dec 08) sur le thème "révéler les environnements intelligents dans la ville". Lire chronique sur ce blog.

vendredi 16 octobre 2009

Le processus arts/sciences dans les Mécaniques poétiques d'EZ3kiel


Ca y est ! L'exposition est ouverte et fonctionnelle :) A voir et revoir à la Casemate jusqu'au 20 décembre prochain... 10 installations interactives entre merveilleux et hi-tek dans l'univers rétro-futuriste d'EZ3kiel. Cette vidéo est la première d'une série de 4, diffusées dans l'expo. A suivre...
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Infos/réservations : +33 (0)476 44 88 80
www.ccsti-grenoble.org rubrique "Les mécaniques poétiques d'EZ3kiel"

mardi 1 septembre 2009

Les mécaniques poétiques d'EZ3kiel

Nous sommes heureux (et, à vrai dire, un peu angoissés en ce début septembre) d'annoncer la présentation de l'exposition "Les mécaniques poétiques d'EZ3kiel" à partir du 3 octobre à la Casemate à Grenoble. Heureux, parce que les propositions multimédia interactives de Yann Nguema, bassiste et plasticien du groupe sont toujours sources d'émerveillement, d'émotion, et d'une espèce de nostalgie surréaliste, entre David Lynch et Magritte. Angoissés, parce que les 11 installations interactives sont toujours en cours de création, quelque part entre les laboratoires du CEA à Grenoble, du centre d'expérimentation multimédia Erasme près de Lyon, et de l'atelier de Yann à Tours... Tout l'été, nous avons préparé la Casemate, avec la complicité des ateliers du théâtre municipal de Grenoble. Tout le premier étage est plongé dans l'obscurité, prêt à accueillir madone chantante, cage musicale, orgue à flacons et autres surprises des artistes et scientifiques. Car ce projet, inscrit dans l'acte 2 des Rencontres i 2009, est issu d'une collaboration étroite entre des chercheurs et ingénieurs du CEA LETI, d'Erasme et du groupe musical EZ3kiel. Cette collaboration a été rendue possible grâce à l'atelier Arts-Sciences, une association de l'Hexagone Scène nationale de Meylan avec le CEA.

Rendez-vous sur le web. Pour suivre de plus près l'avancement de cette résidence, et la préparation de l'exposition, rendez-vous sur le blog : ez3kiel.atelier-arts-sciences.eu/

Rendez-vous à la Casemate, dès le 2 octobre au soir pour la soirée inaugurale ! Infos à suivre sur www.ccsti-grenoble.org
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Plus d'images et de sons sur EZ3kiel : www.myspace.com/ez3kielmyspace

lundi 22 décembre 2008

Révéler les objets communicants dans la ville


Comment révéler les réseaux de capteurs et autres objets communicants dans la ville ? C'est la question que nous avons posée à une vingtaine d'étudiants de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble, dans la cadre du Studio "Big scale, small objects" animé par Gilles Marty (professeur et architecte Agence Inca). Les dispositifs dits "intelligents" envahissent nos espaces urbains. Pour tracer, sécuriser, capter, mesurer en temps réel une vaste série d'indicateurs : de pollution, de circulation, de bruit, de luminosité, etc, etc. Cette "intelligence ambiante" ne concerne pas que les machines et infrastructures : l'habitant, le passant, l'automobiliste, le citoyen sont aussi pris dans les mailles de ce réseau. Ce que certains nomment la "ville 2.0" (voir projet piloté par la FING) est en cours de gestation, d'expérimentation - et pas seulement dans d'obscurs laboratoires de recherche, mais aussi au quotidien, dans la rue, par les usagers. C'est pour rendre plus visible et plus lisible cette évolution, que le CCSTI Grenoble s'est engagé dans un projet sur 2 ans (2009-2010) sur la thématique "intelligence ambiante". Le travail des étudiants de 3ème de l'Ecole d'Architecture de Grenoble s'inscrit dans cette perspective, en venant nourrir une réflexion sur les formes de cette révélation (au sens de la photographie argentique).

Projet Free Pigeons.com Projet Free Pigeons.com

11 projets ont été présentés, vendredi 19 décembre dernier, devant un jury constitué d'enseignants de l'Ecole d'Architecture, de membres du CCSTI Grenoble, et de chercheurs de MINATEC IDEAs Lab (dont un anthropologue). Poussant la réflexion dans des domaines où on ne l'attendait pas, comme par exemple dans le projet "free pigeons.com" (photos ci-dessus) qui renouvelle l'utilisation des pigeons voyageurs, les étudiants ont exploré de multiples pistes et ouvert autant de perspectives. "Produire des objets techniquement probants, de dimension urbaine, sociale et culturelle, devant fonctionner à différentes échelles : celle du public, celle du quartier, celle de la ville, et enfin celle du territoire" a rappelé Gilles Marty, en introduction à la séance de présentation des projets. "Pour l'exercice, tous ces projets doivent tenir dans une plate-forme d'environ 100 m2, le long du Cours Jean Jaurès à Grenoble." Pour le CCSTI, ils alimentent la recherche scénographique en vue d'une future expo (octobre 2010).

Projet Flux Rocade

Espace public en mouvement. Tous les projets ont été amenés à interroger le notion "d'espace public" dans la ville, à l'épreuve des nouvelles technologies. L'un d'entre eux propose, assez loin de l'idée d'architecture traditionnelle, la mise en œuvre d'un véritable programme d'interventions urbaines à l'aide de 2 camions dont la semi-remorque est transformée en afficheur électronique géant, permettant de diffuser SMS, photos ou vidéos, sur le pont enjambant la rocade sud autoroutière. Dans une mise en scène focalisant sur le fil/câble (voir photos ci-dessus), cette installation rend visible les multiples flux qui coexistent dans la ville (automobile, informationnel, énergétique) - tout en proposant de récupérer l'énergie des voitures par un tapis de capteurs piézoélectriques disposé sur la chaussée... Un projet qui cadre parfaitement avec les réflexions sur la ville de demain d'un industriel comme JC DECAUX, à la convergence du mobilier urbain et des réseaux numériques.

Projet M2M-Land

Quartier numérique, Electrosmog - entrez dans le monde visible des ondes, M2M-Land (photo ci-dessus), Echo de marché, Bee Urban - take the bus, CTRL+Echap, Cocon urbain, Espaces improbables... tous ces projets de systèmes-réseaux, maquettes à l'appui, seront présentés au public le 20 mars 2009, lors de la manifestation IDEAs Day à la Maison des Micro et nanotechnologies de MINATEC à Grenoble. Cette journée aura pour thème : "Objets communicants et électronique ambiante", et sera réalisée dans le cadre des manifestations pour le 125ème anniversaire de la SEE (Société - savante - de l'Electricité, de l'Eletronique et des Technologies pour l'information et la communication). On en reparle prochainement sur ce blog. A suivre !

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Bonus : Album photo Flickr de la journée du 19 décembre 2008

mercredi 22 octobre 2008

Souriez, vous êtes désidentifiés !

Le département informatique de l'Université de Columbia (USA) a présenté au dernier salon SIGGRAPH, en Août dernier, un logiciel étonnant permettant de changer automatiquement les visages des personnes prises en photo. Finis les floutés disgracieux ou les scènes avec des personnages de dos ou dans l'obscurité - et surtout finie la diffusion sur internet d'images d'individus prises à leur insu. Présenté comme un outil efficace pour la protection de la vie privée, ce logiciel répond au doux nom de "face swapping" mais n'est, à ma connaissance, pas encore accessible à tous. L'exemple ci-dessus illustre la fonction de "désidentification" (de-identification). L'image du haut est l'image de référence (un groupe de 4 copains pris en photo dans une soirée). Elle est alors passée à la moulinette du logiciel pour donner automatiquement l'image du bas, construite à partir d'un "stock" de visages standards... Impossible de reconnaître ensuite les individus ; peu importe donc si, dans 20 ans, quelqu'un s'amuse à ressortir cette image pour tenter de faire pression sur l'un des sujets photographiés. Voici donc un système qui permettrait de garantir ce fameux "droit à l'oubli" qu'Alex Türk, Président de la CNIL, évoquait dans une récente interview accordée au journal Télérama.

Cette technique appartient à la famille des techniques "d'obfuscation" nous apprend Daniel Kaplan dans Internet Actu.net. Des outils dont Google serait aussi à la recherche, car son application "Street View", qui permet de découvrir des photos prises dans la rue à 360° dans plusieurs grandes villes, rencontre une certaine hostilité, notamment en Europe. En effet, si Street View permet de voir les rues, elle permet aussi de voir avec précision les gens qui s'y promènent et ce qu'ils y font. Le Face swapping rendrait l'anonymat aux passants photographiés à leur insu... et éviterait pas mal de problèmes juridiques à Google.

Voici un exemple parmi d'autres d'une réponse technologique à une question technologique ;-) Certains pourront y lire l'absurdité ou la schizophrénie de notre époque (cette technologie rappelle furieusement celle du "complet brouillé", imaginée il y a 30 ans par Philip K. Dick dans "Substance mort", roman halluciné où des individus sont "désidentifiés" par un costume qui brouille leur image par diffusion permanente d'images d'autres individus). En tous les cas, cette question des libertés individuelles à l'épreuve des réseaux numériques et des "environnements intelligents" sera au cœur d'une de nos prochaines expositions, prévue pour 2010, dans le projet européen NanoYou. A suivre !...

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Via InternetActu, Quand les technologies de l'Artefact nous submergeront.

vendredi 15 février 2008

Coupes sèches au Ministère de la Culture

Le Ministère de la Culture abandonne le financement de la culture scientifique technique et industrielle en région. Reçu le 30 janvier dernier, un courrier signé du Directeur régional des Affaires Culturelles (DRAC) Rhône-Alpes, nous expliquant que :

"Sans remettre aucunement en cause la pertinence de votre action, et son intégration dans le cadre du réseau régional des CCSTI, je me dois de vous informer que, dans le contexte budgétaire actuel, la DRAC ne pourra désormais plus soutenir ce programme" [les actions du CCSTI Grenoble]

Les autres centres financés en région ont reçu le même courrier. Exit donc le financement de 10 000 euros que la DRAC nous attribuait chaque année ! Etrange politique pour un gouvernement qui s'enorgueillit de "relancer l'Europe" en misant plus que jamais sur l'innovation et la connaissance...

Et ce n'est pas tout ! Les coupes sèches ne concernent pas que la culture scientifique mais aussi les actions culturelles en milieu rural et la culture multimédia. Là encore, absurdité que d'affaiblir un secteur déjà fragile, et au cœur d'un des plus profonds processus de transformation de nos sociétés de ces 30 dernières années. L'innovation tant espérée par nos dirigeants passe notamment par internet, les réseaux numériques - l'informatisation de la société, comme on disait dans les années 80. Supprimer les crédits à des structures culturelles qui questionnent et diffusent ces pratiques et concepts semble aller à contre-courant des aspirations vers une "société de la connaissance" !

Réagir. Tous les acteurs de la culture multimédia en France se rassemblent et appellent à une mobilisation pour un réexamen par la Ministre de la Culture de cette décision. Une pétition en ligne est ouverte sur le site de la toute nouvelle Fédération Nationale des Acteurs "Culture Multimédia" [www.culture-multimedia.org], qui regroupe déjà 1324 signataires. Et le 18 février prochain, à 10h30 à la Maison Populaire de Montreuil, célèbre Espace Culture Multimédia (ECM), une assemblée générale est programmée pour décider collectivement des actions à entreprendre pour lutter contre ce désengagement financier de l'état [plan d'accès].

Qui se souvient du Quai des Clics ? Nous nous sentons particulièrement concernés à Grenoble, car nous avons été l'un des premiers ECM à ouvrir en France, fin 1998-début 1999. Pendant près de 5 ans nous avons accueilli un public de tout âge pour l'initier à internet, favoriser la créativité, débattre des enjeux, donner la parole aux artistes et mobiliser chercheurs et professionnels... Les nostalgiques peuvent toujours consulter en ligne les fameuses "Grenoble Web Sessions" :)

Hélas, nous avons dû fermer boutique en 2004, faute de crédits... de la Région Rhône-Alpes cette fois-ci, qui considérait, avec la délégation régionale du Ministère de la Recherche (DRRT), qu'il était temps de passer à autre chose. Pourtant, le public était au rendez-vous, les partenaires toujours actifs.

Quel est le problème, finalement ? En coupant les aides publiques aux actions culturelles visant l'appropriation et la critique d'objets et de services innovants, le gouvernement nous pousse vers les entreprises, afin d'obtenir des financements privés. Comment alors conserver l'autonomie nécessaire pour développer une véritable approche culturelle ? Je me souviens de l'opérateur historique de télécoms français qui martelait à longueur de publicité au seuil de l'an 2000 : "Internet, c'est Wanadoo", induisant le public, les consommateurs et les citoyens en erreur. D'où mon refus d'un partenariat permanent avec France Telecom pour le Quai des Clics. Est-ce cela que cherche ce gouvernement ? Que Google nous apprenne à nous informer ?
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CCSTI ECM. Un autre CCSTI, plus robuste, a su résister et maintenir son activité d'Espace Culture Multimédia, c'est l'excellent Espace Mendès France, à Poitiers.