dimanche 30 juin 2013

La culture scientifique au service de l'économie : une nouvelle finalité ?

J'ai prononcé ce texte lors de l'audition publique sur les perspectives de la CSTI organisée par l'OPECST le 13 juin dernier ; j'étais invité à témoigner dans la table-ronde à propos des relations entre économie et CSTI.


Bonjour. Merci Monsieur le Président de votre invitation qui me donne l’opportunité d’exprimer ici un point de vue collectif, celui porté par un nombre croissant de centres de science (qu’on appelle aussi CCSTI) engagés dans un mouvement profond de rénovation. Je parlerai donc du point de vue de nos organisations, et non de celui, en général, de la CSTI - tout simplement parce que différentes approches coexistent, et que cette diversité est nécessaire, car personne n’a trouvé pour l’instant la recette miracle.

Pour aller directement à l’essentiel, oui, nous sommes convaincus que nous jouons un rôle nouveau dans la stratégie économique nationale, même si ce rôle n’est pas encore pas bien reconnu pour l’instant. Et ce rôle, nous le jouons non pas en nous transformant en publicitaires de l’industrie française sous couvert de culture scientifique - non, nous agissons comme acteurs du développement par une approche inclusive des connaissances et des innovations. Nous agissons comme acteurs du développement grâce à notre ancrage dans les territoires. Nous agissons enfin comme acteurs du développement en nous transformant en plateformes créatives, en incubateurs à projets culturels, sociétaux, éducatifs et pourquoi pas d’entreprises. Ce sont les 3 principaux points que je vais développer maintenant.

1er point. Nous agissons comme acteurs du développement par une approche inclusive des connaissances et des innovations.
Dans notre démarche de recherche et développement sur les nouvelles formes de la médiation scientifique et culturelle, nous focalisons réellement sur le public, sur les jeunes et en particulier les adolescents et les jeunes adultes. D’où de nombreux projets articulant culture numérique et culture scientifique ; car le numérique est éminemment structurant du rapport à la culture et à la connaissance aujourd’hui.

Juste un mot aussi, sur la médiation, pour préciser que de notre point de vue, la médiation n’a pas pour objectif d’être une sorte d’intermédiaire entre des mondes vus comme séparés. Nous voyons la médiation comme création d’un espace public social permettant la rencontre, le dialogue, la confrontation, l’action entre divers acteurs - dont les acteurs économiques.

Concrètement, c’est l’idée qu’il n’y a pas d’un côté des scientifiques qui savent tout, de l’autre des industriels motivés seulement par l’argent, et encore d’un autre côté des populations ignorantes. Nous soutenons l’idée qu’il faut absolument sortir des visions caricaturales et offrir des opportunités aux uns comme aux autres d’échanger, de dialoguer, et de co-construire. Sur le terrain, cela se traduit par l’évolution de nos expositions en laboratoires vivants (les fameux Living Labs) où les visiteurs-participants contribuent à tester, débattre, co-concevoir des dispositifs ou des scénarios avec des chercheurs, mais aussi des designers, des créatifs. Allez voir l’expo RiskLab à la Science Gallery deDublin par exemple, ou plus près de chez nous, l’expo CervoRama à Cap Sciencesà Bordeaux pour avoir une idée plus concrète de ces nouvelles approches.

Et il se trouve qu’en parallèle, d’autres structures du champ du développement économique ont développé ce type de pratiques, souvent qualifiées d’innovation ouverte. Ainsi, nous sommes en train de nous rapprocher actuellement des pôles de compétitivité, des incubateurs, et des organismes de transfert et de valorisation des universités ou des organismes de recherche pour articuler nos actions et enrichir, par une pratique démocratisée, une véritable culture de l’innovation pour tous, moteur de prises d’initiative et de développement de projets.

2ème point. Nous agissons comme acteurs du développement grâce à notre ancrage historique dans les territoires. Là aussi, nous envisageons les choses différemment. C’est-à-dire qu’il ne s’agit plus de nouer des alliances ici ou là pour monter une expo ou organiser des conférences publiques, ni même de constituer des réseaux thématiques, mais bien de changer de paradigme et de considérer le territoire comme un écosystème culturel, économique et social. Avec les écoles, les universités, les centres de recherche, les entreprises, les associations, les collectivités locales, etc. les centres de science contribuent à la bonne santé et au développement de leur écosystème.

De centres de coût, nous nous positionnons alors comme des centres de profit – au sens de l’intérêt général et non au sens financier du terme – car nous générons une dynamique positive de fertilisation croisée entre différents acteurs locaux qui ne se croisaient que très peu jusqu’ici. Concrètement, en favorisant la transversalité entre les disciplines, entre les pratiques, comme par exemple entre le milieu de la culture scientifique et celui de l’économie créative ou de la culture numérique, en croisant des élèves des écoles de la deuxième chance avec des jeunes designers et ingénieurs – et notamment des jeunes femmes – comme nous avons fait récemment à Grenoble, en mobilisant les structures d’insertion sur des projets d’innovation ouverte avec la participation d’entreprises locales, nous contribuons activement à redonner l’estime de soi à des jeunes en situation d’échec scolaire, à leur ouvrir l’esprit sur des domaines et des processus professionnels qu’ils ne soupçonnaient même pas. Nous développons une ambiance, un environnement, un état d’esprit, des outils et des méthodes propices à la curiosité, à la créativité, à l’imagination, à l’engagement et, j’ose le dire, à l’envie d’entreprendre.

3ème point. Nous agissons comme acteurs du développement en nous transformant en plateformes créatives, en incubateurs à projets. Depuis une dizaine d’années, nous élaborons un nouveau concept de centre de culture scientifique technique et industrielle, qui arrive aujourd’hui à maturité grâce au coup d’accélérateur du programme des Investissements d’avenir. Je fais référence bien évidemment au projet INMEDIATS que j’anime avec mes 5 confrères - et amis - de Bordeaux, Toulouse, Caen, Rennes et Paris, mais aussi au projet APIS porté par l’Exploradome à Vitry-sur-Seine, au projet Territoires de la CSTI qui fédère 5 autres CCSTI à travers la France, et aussi au projet La Métis que la Rotonde / Ecole des Mines de St Etienne est train de finaliser.

Ce concept de centres de science de nouvelle génération peut se définir comme le passage de centres de diffusion de contenus scientifiques, à des plateformes d’innovation sociale, culturelle, et de développement – personnel et territorial. Pour cela, nous avons changé radicalement nos approches des “publics” et des experts. Nous les considérons tous, les uns et les autres, membres d’une même communauté d’intérêt. Nous nous intéressons à leurs pratiques, leurs attentes, leurs représentations, et nous construisons avec eux des programmes d’action et de développement. Je vous l’ai dit, notre approche de la culture scientifique technique et industrielle est inclusive, souvent construite en démarche de projet.
La création deFablabs, ces espaces de fabrication numérique avec imprimantes 3D, dans nos centres est l’un des meilleurs exemples de notre évolution vers de nouvelles pratiques qui articulent le partage des savoirs entre pairs, la valorisation du geste technique, du travail manuel, et les communautés en lignes et l’économie de la contribution. Car tout cela fait système.

En conclusion, donc oui les centres de science de nouvelle génération ont un rôle dans le développement social et économique de nos territoires, et donc dans le redressement productif et créatif de notre pays. Et c’est un rôle qu’il faut soutenir et encourager. Oui, nous agissons tous les jours auprès des jeunes, des habitants, des établissements d’enseignement et de recherche, des entreprises, des associations et des structures d’insertion et de développement pour aider chacun à mieux vivre sa vie, pas juste grâce à la science, mais en trouvant sa place dans une société de la connaissance.
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