mercredi 9 juillet 2008

La question des publics - Rhône-Alpes 21 (2/5)

[Extrait de la Contribution à la démarche régionale de prospective "Rhône-Alpes 21" par le réseau Rhône-Alpes des CCSTI]


De nombreuses études sociologiques
le répètent : il n'existe pas de public spécifique. Le "grand public" n'existe pas en tant que tel ; un public se constitue autour d'un sujet dans le temps et dans l'espace - ainsi un sujet "chaud" à Grenoble n'aura qu'une attractivité moyenne à Valence, et réciproquement. Cette première remarque est importante car elle implique que le "public" régional n'est pas homogène, donc que des approches différenciées sont nécessaires, même si, bien évidemment, les finalités sont communes.


Cette approche des publics rend aussi caduque la vision traditionnelle de rapports linéaires et à sens unique entre, en haut, les experts (ceux qui détiennent le savoir) et, en bas, le "grand public" (ceux qui sont en attente de savoir). Les "découvertes" des SHS de ces dernières années en la matière, montrent que d'une part, les pratiques culturelles des individus sont plus fragmentées et moins reliées à l'habitus de classe tel que Bourdieu l'avait théorisé (on peut être diplômé de l'enseignement supérieur et aimer le rap, par exemple - cf B. Lahire) et que, d'autre part, le savoir n'est pas l'apanage des seuls scientifiques, il est distribué à d'autres groupes sociaux : en résumé, tout public possède un savoir. Bien sûr, il n’est pas question pour nous de sombrer dans un certain relativisme ambiant qui tend à considérer toute science comme une croyance, et toute croyance comme une science.


Cette seconde remarque conduit à concevoir les relations entre scientifiques et publics sur le modèle du dialogue, de l'échange, voire du débat - et non plus sur le modèle traditionnel pédagogique du "bon savant" qui diffuse ses connaissances disciplinaires au "bon peuple". Ceci impose de mettre en œuvre des dispositifs ou procédures favorisant l'expression, l'appropriation et l'engagement des publics, au-delà bien évidemment des manips "presse-bouton". Ceci implique aussi de permettre à d'autres paroles que celles des experts académiques d'entrer dans le débat : les paroles de représentants d'associations, d'ONG, de syndicats, d'élus, etc... avec le risque salutaire de la controverse et de la confrontation.

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A suivre demain sur Making Science Public : La question de l’information (Rhône-Alpes 21 3/5)
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Illustration : photo de l'exposition "SOS Pôles ! Le changement climatique en question", actuellement au CCSTI Grenoble La Casemate. [voir photos sur Flickr]
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