jeudi 13 décembre 2007

Informatique et société : tous fichés ?

40 ans de l'INRIA

L'INRIA fêtait ses 40 ans les 10 et 11 décembre dernier, au Grand Palais à Lille. L'occasion de faire le point sur les dimensions scientifiques et techniques de l'informatique bien sûr, mais aussi sociétale et - osons le mot - éthique (voir programme complet). J'ai assisté aux deux sessions intitulées "Société". L'image ci-dessus est celle d'un comédien qui a introduit le débat "Services et libertés, demain tous fichés ?" Comme l'ont rappelé des chercheurs dans le public et les intervenants sur l'estrade, cette petite saynette amusante sur les affres d'un individu pucé et fiché par des systèmes informatiques invisibles n'est pas de l'ordre de la science-fiction, mais bien d'actualité ! Le public nombreux de cette session montrait bien l'intérêt et la préoccupation que les chercheurs en informatique portent enfin aujourd'hui aux "impacts sociétaux" des technologies qu'ils concourrent à développer.

Comment je suis devenu parano. Il faut bien reconnaître que le tableau brossé par les invités de la table-ronde n'était guère réjouissant. De surcroît, Peter Fleischer, responsable de la "privacy" chez Google (voir son blog), s'était fait excuser... Pas envie d'affronter la dynamique philosophe Barbara Cassin, auteure de "Google-moi, la deuxième mission de l'Amérique" (Albin Michel, 2007) ? Il est vrai que cette table-ronde, brillamment animée par le journaliste Jacques Henno, auteur de "Tous fichés, l'incroyable projet américain pour déjouer les attentats terroristes" (Télémaque, 2005), n'a pas fait dans la dentelle, surtout pour les Américains. En résumé, depuis le 11 septembre 2001, le monde a changé. Le "Patriot Act" impose une sorte de loi martiale à toutes les entreprises - américaines ou non - exerçant sur le sol US. Cette loi leur impose de communiquer sur simple demande au gouvernement fédéral l'ensemble de leurs fichiers informatiques, à l'insu des individus qui sont recensés dans ces mêmes fichiers... En gros : Bush et ses accolytes disposent de millions (milliards ?) de données nous concernant à peu près tous. La question est : que risquent-ils d'en faire ? Face à cela, Alex Türk, courageux président de notre courageuse Commission Informatique et Libertés (CNIL) ne semblait par lourdement équipé. Une réponse Européenne ? Difficile de sortir du PPCD (plus petit commun dénominateur qui tire toujours vers le bas)... Et de conclure son intervention par : "Sommes-nous toujours obligés d'utiliser toutes les technologies disponibles ?"

- j'ai bien peur que oui, car si une technologie est disponible, c'est bien parce que certains l'utilisent...
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