mercredi 3 octobre 2007

Intervention de Laurent Chicoineau au colloque "Nano et décision publique" au Conseil Régional Rhône-Alpes, le 02.10.07.

En préambule, je souhaite dire que le CCSTI Grenoble se positionne clairement dans le champ de l’information du public, avec la volonté de faire comprendre, faire réagir, et non d’informer pour le plaisir d’informer. Diffuser la culture scientifique technique et industrielle, ce n’est pas non plus faire la propagande des sciences ou des technologies, comme certains le sous-entendent un peu trop facilement. Pour nous, faire une exposition sur les nanotechnologies, ce n’est pas faire du marketing pour les nanotechnologies.


Mon intervention s’articulera en 4 points.


Premier point : comment mobiliser les publics ? Déjà dans cette question, un abus de langage, puisque ne sont considérées comme « public » que les personnes déjà impliquées dans l’une de nos activités : exposition, ateliers participatifs, conférences-débats, etc. Je ne parlerai pas non plus de nos publics « captifs » – ne vous inquiétez pas, nous ne retenons personne prisonnier, même si nous travaillons dans une Casemate – c’est-à-dire essentiellement les jeunes, le public scolaire. Non pas que ces publics ne nous intéressent pas, mais leur motivation est inscrite dans une logique pédagogique, on ne leur demande pas s’ils ont envie ou non de venir participer à nos activités. Je veux parler ici des « non publics », c’est-à-dire des habitants de l’agglomération grenobloise et du département qui ne viennent pas dans nos activités. Donc, comment mobiliser « les gens » ? Il y a deux manières simples (voire simplistes) d’y parvenir : en les effrayant, en jouant sur les peurs, ou en leur apportant du plaisir immédiat, de la jouissance, en leur faisant croire que « science is fun » et que tout ira mieux demain dans le meilleur des mondes… Nous nous refusons à l’une comme à l’autre de ces deux voies infantilisantes. Une autre façon de les mobiliser, consiste à les considérer en citoyens, en adultes, en tentant de les faire participer aux processus de réflexion collective et de décisions publiques. C’est un moyen de leur accorder du crédit, de les respecter, de les traiter en responsables. Mais pour ce faire, il est absolument nécessaire que les pouvoirs publics locaux partagent ces idées et s’investissent dans ces démarches. Ce sont les collectivités locales qui ont la légitimité et le devoir d’articuler démocratie représentative et démocratie participative. Ce n’est pas à nous, associations, de nous substituer à cette mission. Donc, pour mobiliser les publics, on peut mettre en œuvre des démarches et des procédures participatives – et les CCSTI y ont toute leur place.


Deuxième point : la place des médiateurs. Toutes nos études de public le démontrent, nos visiteurs portent un grand intérêt aux structures de médiation. « Parce qu’elle sont neutres » disent-ils, « pluralistes et indépendantes » préférons-nous. Des lieux permanents, espaces de médiation durables, comme nos CCSTI ou d’autres organismes, sont donc nécessaires pour une mobilisation continue des chercheurs et des citoyens. Le problème qui surgit alors, auquel nous sommes confrontés ces dernières années, est celui de l’articulation entre les médiateurs et les producteurs de connaissances scientifiques et techniques. Car la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui est celle de médiateurs professionnels à temps plein. En effet, l’optimisation des crédits publics implique l’optimisation des procédures et des actions, qui entraîne une professionnalisation des médiateurs, avec le risque de faire de « l’art pour l’art », de la médiation pour médiateur, bref de s’enfermer des logiques professionnelles et de se couper des publics et des scientifiques. Nous n’en sommes pas là au CCSTI Grenoble – du moins je l’espère ! – mais cette question d’une articulation structurelle entre médiateurs et chercheurs, et entre organismes de médiation (CCSTI, musées, associations, etc.) et universités et organismes de recherche est d’une actualité brûlante.


Troisième point : les relations science et société. Le quiproquo est général sur la perception du couple « science et société ». Tout le monde pense que c’est la science et seulement la science qui pose problème, que tout le monde connaît fort bien la société : c’est faux ! Les sciences qui ont été le moins vulgarisées depuis des décennies sont bien les sciences sociales. Il y a eu plus d’actions pour vulgariser la physique quantique que pour vulgariser le fonctionnement de la bourse, ou les sciences de la gestion. Il est urgent d’intégrer les SHS dans la diffusion de la culture scientifique et technique ; il nous faut diffuser aussi la culture politique, juridique et administrative de notre pays (et de l’Europe), si on veut progresser dans notre mission.


Enfin, quatrième et dernier point : internet. Il est proprement hallucinant de débattre une journée entière de comment impliquer les citoyens dans les décisions publiques sans jamais évoquer la place ni le rôle qu’internet et les réseaux numérique d’information et de communication jouent et vont jouer encore plus à l’avenir ! A fortiori si on considère qu’internet touche très largement le jeune public. Il me semble que nous sommes tous d’accord pour considérer les jeunes, l’éducation, leur participation au débat, comme un enjeu majeur du développement de notre société, et nous passons totalement à côté de leurs pratiques, de leurs modes de communication et d’échange. Le désintérêt des grands organismes de recherche et des universités pour ce média est grave : quand vous tapez « nanotechnologie » dans Google, vous obtenez peu d’informations officielles sur le sujet en langue française (quelques blogs, la définition dans wikipédia…). Il faut aller sur les sites américains pour trouver de belles images, des vidéos, des animations… tout ce qui parle aux jeunes branchés sur internet. Il me semble urgent que les acteurs français des nanotechnologies (universités, organismes de recherche, agences de financement, collectivités locales, etc.) investissent massivement ces réseaux.


Je vous remercie de votre attention.

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