mercredi 22 septembre 2010

Avenir incertain pour la CSTI en Rhône-Alpes

 
La région Rhône-Alpes revoit son schéma directeur pour l’enseignement supérieur et la recherche (SESR). Jugé trop compliqué par le nouvel exécutif issu des urnes le 21 mars dernier – exécutif pourtant conservé par la gauche et présidé par le même Jean-Jack Queyranne (PS) – ce schéma faisait une part importante à la culture scientifique technique et industrielle (CSTI). Il avait donné lieu à la constitution et au financement récurrent de réseaux thématiques et grands projets régionaux : astronomie, art & science, réseau des CCSTI, Fête de la science, Camion des sciences. Grâce à l’implication personnelle de Roger Fougères, vice-président en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche lors de la précédente mandature, les acteurs culturels et scientifiques engagés dans la CSTI ont pu disposer des moyens nécessaires à la réalisation et à la pérennisation de leurs actions. Que va-t-il en être avec Thierry Philip, conseiller spécial recherche et enseignement supérieur auprès de Jean-Jack Queyrane pour les 4 ans à venir ?  

Consultation expresse. Le 15 septembre dernier se déroulait à Charbonnières un atelier science et société, brève séance de concertation des principaux acteurs régionaux dans ce qu’il faut bien appeler une consultation expresse. En effet, au 15 octobre, les consultants missionnés par Thierry Philip doivent rendre leur copie, dans la perspective d’un vote de l’assemblée régionale en janvier 2011. Que retenir de cet atelier? D’abord, la bonne nouvelle, le maintien d’une politique de CSTI dans le nouveau SRES. Ensuite, la mauvaise: la pression budgétaire et la prévisible diminution de la ligne de crédit CSTI. Prenant prétexte du contexte national (création d’Universcience, disparition du service CSTI au Ministère de la recherche) et s’appuyant sur l’évaluation menée à mi-parcours des politiques publiques régionales (2008), la Région souhaite donc redéfinir ses modes d’intervention – en précisant bien ne pas vouloir se substituer à un Etat défaillant.

Saupoudrage ou visibilité régionale ? Excepté les habituelles controverses sur les finalités de la CSTI ou la définition du vocable « science en société », les discussions ont essentiellement porté sur les modalités de financement des actions et des acteurs. Faut-il maintenir les contrats pluriannuels ou ne financer que par projet ? Doit-on saupoudrer les financements ou ne soutenir que des projets à forte visibilité régionale ? Et qu’est-ce qu’une visibilité « régionale » ? La visibilité pour tous les habitants ? La visibilité sur un thème d’excellence de la Région ? La visibilité de la région au-delà de ses frontières ? La séance s’est transformée en jeu de ping-pong. « Et vous, les acteurs, qu’en pensez-vous ? » ont renvoyé les consultants qui n’étaient certes pas là pour répondre à la place de la Région. Puis – hélas en fin de séance – sont arrivées les bonnes questions, celles portant sur l’évaluation et la définition des mesures d’impact. Evaluer les actions de CSTI selon le nombre de jeunes s’orientant vers des filières scientifiques ? Techniquement infaisable, scientifiquement suspect. L’orientation est un tout, qui s’étudie comme tel – non le résultat mécanique d’une action de communication. Et pourtant, mieux appréhender nos actions nous est indispensable, et pas seulement en termes de fréquentation. D’où la nécessité de « sauver le Cluster 14 », pour reprendre les termes d’une participante de l’atelier, Marie-Christine Bordeaux, maître de conférences à l’Université Stendhal. Ce cluster de recherche dédié à l’étude des représentations des sciences et des technologies et de leurs usages a en effet permis des recherches inédites en région, il est nécessaire de le soutenir et d’accroître son potentiel d’accompagnement de terrain auprès des acteurs de CSTI.

Fin en queue de poisson. Des contributions écrites peuvent être adressées aux consultants jusqu’à fin septembre, afin d’approfondir les nombreux points survolés pendant cet atelier. La question de l’animation du réseau régional de CSTI n’a même pas été évoquée ; à elle seule, elle mériterait une journée d’atelier, comme l’école d’été des CCSTI en juillet dernier à St Etienne l’a démontré. Qu’attendre alors de cette version 2 du SRES Rhône-Alpes ? Moins de visibilité et le risque d’arbitrages mal compris – ce qui revient pour nous, acteurs de terrain, de mettre en musique le titre d’un célèbre ouvrage de Michel Callon : « agir dans un monde incertain ».
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Photo: Jules, animateur à la Casemate. Cliché Ilan Ginzburg, CCSTI Grenoble 2009.
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