vendredi 19 juin 2009

De la société à la science

Les 18 et 19 juin dernier, la Région Rhône-Alpes organisait ses "Journées régionales de la recherche" en forme de bilan de sa politique de clusters. Lancés il y a 5 ans, les 14 clusters de recherche Rhône-Alpes se sont donc livrés à l'exercice du bilan d'activité - non sans une certaine autosatisfaction. Il est vrai que dans certaines disciplines - et particulièrement les SHS - cette politique a contribué à une meilleure structuration et organisation de la recherche, en permettant de dépasser les frontières institutionnelles des établissements ou des universités. Autre apport majeur de cette politique de cluster : la volonté de prendre en compte les attentes sociales (et sociétales) et ainsi contribuer au développement du territoire régional.

Attentes non solvables. Dans le concert de louanges, quelques voix se sont élevées pour questionner cette recherche appliquée, entonnant l'air connu de la recherche fondamentale victime de la recherche finalisée. Finalisée certes, mais vers qui ? Vers quoi ? Plusieurs interventions ont tenté d'apporter des réponses à ces questions, moins évidentes qu'elles ne paraissent. Car c'est d'abord et surtout pour l'industrie que ces recherches sont orientées. L'idéologie à l'oeuvre derrière cette dynamique consiste à résumer "la société" à "l'économie", en plaçant l'industrie (l'entreprise) en situation d'articuler sciences et société. Dans notre modèle social, il est clair que la création de richesses via le marché constitue le coeur du système - on constate hélas que lorsque le marché déraille, comme c'est le cas actuellement, les conséquences sociales sont très dures. Mais que deviennent les demandes sociales non marchandes, non solvables, dans ce système ? Philippe Regnier, responsable scientifique du Cluster 13, s'est d'ailleurs interrogé publiquement sur la demande de patrimoine ou de création artistique : la culture peut-elle se résumer à son marché ? Plus encore, comment prendre en compte certaines demandes qui ne s'expriment pas (ou plus) ? Telles sont les questions que Joëlle Le Marec (responsable du Cluster 14) et moi avons soulevées dans notre intervention commune (voir diaporama ci-dessus).

Un mouvement à double-sens. Relatant quelques expériences du réseau Rhône-Alpes des CCSTI, j'ai pu argumenter sur les deux manières d'envisager les attentes sociales, du point de vue de nos associations. La première, traditionnelle, vise l'accompagnement des scientifiques dans la formulation des réponses qu'ils apportent. La seconde, plus récente et en plein développement, consiste justement à aider des groupes sociaux à formuler leurs attentes/questions. Les moyens employés pour cette seconde approche sont en cours de développement et d'expérimentation ; ils peuvent associer des artistes, emprunter aux méthologies participatives, mobiliser des étudiants de toutes les disciplines... Avec l'appui méthodologique et conceptuel des chercheurs du Cluster 14 et de certains autres, c'est un mouvement à double sens, entre sciences et société, entre scientifiques et citoyens, que nous essayons chaque jour d'impulser.

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Région Rhône-Alpes : http://www.rhonealpes.fr
Cluster 13 (Culture, Patrimoine et Création) : http://cluster13.ens-lsh.fr/
Cluster 14 (Enjeux et représentations des sciences, de la technologie et de leurs usages) : http://erstu.ens-lsh.fr/
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