dimanche 10 mai 2009

Expo Nano : exemple de scénographie participative


Comment intégrer le dialogue sciences-public au sein d'une exposition ? Au-delà des approches théoriques ou méthodologiques de la participation, comment faire concrètement ? Telles sont les questions auxquelles j'ai tenté de répondre, avec Alain Berestestky, ancien directeur de la Fondation 93, suite à l'invitation d'Andrée Bergeron, maître de conférence au Palais de la Découverte et chercheur en sociologie, lors de la dernière session de son "séminaire de muséologie" (1), le 7 mai dernier. Je me suis appuyé sur l'expérience contributive dite des "petits papiers" (voir support de ma présentation ci-dessus) que nous avons réalisée dans l'exposition sur les nanotechnologies (ExpoNano) pour souligner le fait que, lorsqu'on crée les bonnes conditions, le public aime contribuer et engager la discussion. Evidemment, il ne s'agit pas, dans une exposition, de reproduire la technicité des méthodologies participatives issues des expériences d'Europe du nord (conférence de consensus, atelier scénario, etc.), mais bien de favoriser l'appropriation par le public des questions et enjeux portés par un sujet. Plus profondément, il s'agit pour nous de mieux prendre en compte la diversité des paroles et des points de vue, et d'engager tous les acteurs (publics, scientifiques, politiques, décideurs) dans un nouveau rapport au savoir. Partagé, critiqué, co-construit. A ce propos, j'entends encore la petite phrase de Jorge Wagensberg, alors directeur du splendide CosmoCaixa de Barcelone : "on ne mesure pas le succès d'un musée au nombre des entrées, on le mesure au nombre des conversations qu'il a permis de créer entre les visiteurs". Ma présentation se termine sur le projet "TU" (pour Technologies Ubiquitaires), pour lequel nous expérimentons une nouvelle manière de concevoir une exposition, en intégrant très en amont la participation du public.


Des expositions avec des points d'interrogation
. A mes côtés, Alain Berestestky a plaidé non sans un certain talent pour "des expositions avec des points d'interrogation". "Je vois trop d'expositions avec des points d'exclamation" a-t-il regretté, argumentant pour engager les concepteurs scénographes présents dans l'assistance vers des démarches suscitant le questionnements des visiteurs, pour des expos qui (r)éveillent la curiosité, qui stimulent la "libido de la connaissance". D'ailleurs, l'exposition est un genre qu'il a abandonné dans les années 90, à la Fondation 93, jugeant que l'urgence sociale à laquelle il devait faire face, dans ce département toujours plus touché par les crises que les autres, nécessitait d'inventer d'autres modes de médiation, "plus près de la bête", au contact direct notamment des jeunes publics. Ceci s'est traduit par des "parcours" de découverte, autour d'un thème, sur plusieurs mois, avec des chercheurs, des philosophes, ou des auteurs. Une expérience "cousue main" dans un contexte socio-économique bien particulier. "Ce n'est pas tant le dialogue qui m'importe, a-t-il conclu, que ce réveil du désir de comprendre."

La discussion qui a suivi n'a pas permis d'esquisser réellement d'autres pistes concrètes de prise en compte du dialogue sciences-public dans une exposition... Peut-être est-ce plus compliqué pour une "grosse" structure muséale comme celles qui animent ce séminaire de muséologie ? La réactivité, la transversalité, la polyvalence permises (obligées) par des structures beaucoup plus petites, comme nos CCSTI en région, faciliteraient-elles ces initiatives qui nécessitent d'être au plus près des gens, avant même qu'ils se constituent en "public" en pénétrant dans nos expos ?

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(1) Séminaire de Muséologie : créé à l'initiative des 4 grands musées nationaux des sciences (Cité des Sciences et de l'Industrie, Palais de la Découverte, Muséum National d'Histoire Naturelle, Musées des Arts et Métiers), rejoints depuis par le Musée du Quai Branly.
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