mercredi 26 mars 2008

Cap Sciences met en scène l'innovation en Aquitaine

Galerie Recherche Industrie Aquitaine

Le 19 mars dernier, Cap Sciences, le CCSTI Bordeaux Aquitaine, a inauguré sa dernière réalisation : la galerie "Industrie & Recherche" sur le thème "Petite histoire des matériaux". Le concept scénographique développé par Bernard Alaux, directeur de Cap Sciences, et Bernard Favre, directeur des expositions, repose sur l'idée de présenter les innovations technologiques comme des œuvres d'art - d'où le nom de cet espace d'une centaine de mètres carrés : "galerie".

Design, urbain, branché. Ce concept est proche de celui que nous avons développé, à Grenoble, pour la vitrine technologique du Forum 4i. Cependant, à Bordeaux, il ne s'agit pas d'un événement d'une journée comme le Forum 4i, mais d'un espace permanent, dédié à la valorisation de l'industrie et de la recherche appliquée en région Aquitaine. La réalisation scénographique est donc beaucoup plus aboutie, et l'effet recherché (galerie d'art) assez convaincant [voir le cahier photo]. Grâce à un partenariat avec une enseigne de distribution de mobiliers design, l'utilisation d'écrans plats de toutes les dimensions, et une exploitation astucieuse de la lumière pour créer une atmosphère lounge, la Galerie Industrie & Recherche place haut la barre de la mise en scène branchée du développement industriel et technologique d'un territoire.




People-isation de la science
. Cap Sciences n'en est pas à son premier "coup" en matière de valorisation de la recherche acquitaine. Depuis plusieurs années, ce CCSTI édite toute une panoplie de documents visant à valoriser la recherche et les chercheurs régionaux, essentiellement par des mises en image positives et des textes d'un style journalistique affirmé. "Visages des sciences" par exemple (voir images ci-dessus), édité à l'occasion des Fêtes de la science, est une collection de marques-pages avec un portrait de chercheur exprimant une brève phrase d'accroche au verso ("Mon téléphone fait mon secrétariat" ou "Seuls quelques millionièmes de litre me suffisent pour étudier un liquide !") et, au recto, un court texte journalistique centré sur le sujet de recherche du chercheur question. Une bonne manière d'humaniser des thèmes de recherche par nature abscons pour le grand public, par une mise en scène très glamour des chercheurs.



Une véritable stratégie de communication. En 2007, le format s'est agrandi (voir ci-dessus) et le focus s'est porté sur le labo et non plus directement sur la personne du chercheur. Le concept ("base-line" dit-on dans la pub) de cette nouvelle série ? "La recherche made in Aquitaine". Cette fois-ci, c'est un labo qui est mis à l'honneur sur des cartes quadri disponibles à l'unité ou en cahier. "10 portraits de recherches" joue la même carte photographique que les visages des sciences, mettant en scène des chercheurs anonymes dans des poses et sous des lumières savamment étudiées (dignes des photos de stars du Rock pour l'Institut Ausonius Archéopôle d'Aquitaine). En plus, sur chaque carte, on apprend le montant de l'aide versée par la Région Aquitaine au labo en question... Bien sûr, n'allez pas chercher une quelconque distance critique dans ces documents. Là n'est pas le propos de ce CCSTI, clairement positionné comme le bras armé communicationnel des organismes publics et privés de la recherche sur le territoire d'Aquitaine. Il faut dire que la controverse et le débat public sur les enjeux des technosciences sont moins virulents à Bordeaux qu'à Grenoble.

Aquitaine über alles. Il n'y a pas que les Corses, les Bretons, les Basques ou les Savoyards à pratiquer un art affirmé du chauvinisme régional ; à Cap Sciences, les Aquitains excellent dans ce sport nombriliste. A croire qu'il n'y a de recherche et d'innovation qu'en région bordelaise ! C'est en tous les cas l'état d'esprit qui régnait ce 19 mars dernier, au "banquet des scientifiques", événement annuel à l'occasion du lancement de la revue H20, publiée une fois l'an par Cap Sciences, et qui a clos l'inauguration de la Galerie Industrie & Recherche. Un chauvinisme arrosé au Château Turcaud 2005, accompagné de foie gras, et surtout d'une forte dose d'humour et d'auto-dérision. L'innovation en Aquitaine, on la cultive, on la promeut, mais on sait aussi s'en amuser et rire de ses clichés. Peut-on en dire autant en Rhône-Alpes ?

Rendez-vous l'an prochain, pour la sortie de la cuvée 2009 de la revue H20, et un nouveau banquet des scientifiques !

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Cap Sciences sur le web : www.cap-sciences.net

dimanche 9 mars 2008

Danse et conférence nano à Lyon

Le Musée des Confluences organisait le 4 mars dernier, à l'Ecole Normale Supérieure de Lyon (ENS Sciences) une rencontre "Confluences des savoirs" sur le thème des nanotechnologies [voir mon billet du 8 février]. Devant une assemblée assez nombreuse bien que relativement âgée - le même soir, l'Olympique Lyonnais affrontait Manchester United - Frédéric Gaffiot, professeur à l'Ecole Centrale de Lyon, chercheur à l'Institut des Nanotechnologies de Lyon, et la compagnie Scalène (Youtci Erdos/Manuel Chabanis) se sont livrés à un exercice peu commun : alterner présentation didactique et spectacle chorégraphique. Sur le plateau du grand amphi de l'ENS, entre le pupitre du conférencier, à gauche, et la table des intervenants, à droite, modérée par François Juillet, le spectacle "Nouvelles du fond" a été présenté dans une version "remastérisée", hors de l'exposition pour laquelle il avait été créé (expo Nano).

Exercice intéressant, car cette pièce, recentrée dans un espace unique (dans l'exposition, les danseurs utilisaient 4 lieux différents, emmenant le public avec eux, et enchaînant les tableaux en parallèle), prend une dimension plus affirmée. Il faut dire que l'introduction se prête particulièrement bien à la disposition scénique de la conférence : Manuel Chabanis interprète un disciple "halluciné" de Richard Feynman, navigant entre posture didactique et lâcher-prise dans le nanomonde (photos prises lors des représentations à la Casemate en 2006). Puis viennent les fausses pubs, librement inspirées par des produits ou services issus des nanotechnologies, des créations vidéo dignes des Monty Pythons. Là encore, nous sommes dans un dispositif proche de celui de la conférence scientifique. Le décalage est savoureux.

Changer de point de vue sur le monde. Moins de dérision et d'humour dans les deux derniers tableaux qui réservent quelques surprises visuelles. Par un jeu de lumière noire d'abord, Youtci Erdos et Manuel Chabanis révèlent un réseau de lignes fluorescentes à même la peau de Karine Bourgeois tandis qu'elle danse. Entre poésie, chamanisme, et radiographie. Puis, vient le dernier tableau, où les trois danseurs sont ensembles sur le plateau. Par un caméscope judicieusement placé, les corps et leur image vidéodiffusée s'enchevêtrent en un mélange d'échelles et de points de vue orthogonaux. Belle métaphore de l'instrumentation scientifique qui permet de regarder le monde autrement qu'à l'œil nu. D'aller au-delà des apparences, de plonger à l'intérieur, entre introspection et auscultation. Comme l'expliquera ensuite Youtci Erdos lors de la discussion avec le public, "les nanos, c'est à la fois en nous et à l'extérieur."

Tableau 4 : la vie au fond

Il y a plein de place en bas. Le spectacle termine d'ailleurs sur la célèbre citation de Richard Feynman : "There is plenty of room at the bottom", peinte directement sur le ventre des danseurs, comme une invite à la mise en abîme. Applaudissements, puis retour à la conférence scientifique de Frédéric Gaffiot. Drôle d'endroit pour un spectacle !