vendredi 15 février 2008

Coupes sèches au Ministère de la Culture

Le Ministère de la Culture abandonne le financement de la culture scientifique technique et industrielle en région. Reçu le 30 janvier dernier, un courrier signé du Directeur régional des Affaires Culturelles (DRAC) Rhône-Alpes, nous expliquant que :

"Sans remettre aucunement en cause la pertinence de votre action, et son intégration dans le cadre du réseau régional des CCSTI, je me dois de vous informer que, dans le contexte budgétaire actuel, la DRAC ne pourra désormais plus soutenir ce programme" [les actions du CCSTI Grenoble]

Les autres centres financés en région ont reçu le même courrier. Exit donc le financement de 10 000 euros que la DRAC nous attribuait chaque année ! Etrange politique pour un gouvernement qui s'enorgueillit de "relancer l'Europe" en misant plus que jamais sur l'innovation et la connaissance...

Et ce n'est pas tout ! Les coupes sèches ne concernent pas que la culture scientifique mais aussi les actions culturelles en milieu rural et la culture multimédia. Là encore, absurdité que d'affaiblir un secteur déjà fragile, et au cœur d'un des plus profonds processus de transformation de nos sociétés de ces 30 dernières années. L'innovation tant espérée par nos dirigeants passe notamment par internet, les réseaux numériques - l'informatisation de la société, comme on disait dans les années 80. Supprimer les crédits à des structures culturelles qui questionnent et diffusent ces pratiques et concepts semble aller à contre-courant des aspirations vers une "société de la connaissance" !

Réagir. Tous les acteurs de la culture multimédia en France se rassemblent et appellent à une mobilisation pour un réexamen par la Ministre de la Culture de cette décision. Une pétition en ligne est ouverte sur le site de la toute nouvelle Fédération Nationale des Acteurs "Culture Multimédia" [www.culture-multimedia.org], qui regroupe déjà 1324 signataires. Et le 18 février prochain, à 10h30 à la Maison Populaire de Montreuil, célèbre Espace Culture Multimédia (ECM), une assemblée générale est programmée pour décider collectivement des actions à entreprendre pour lutter contre ce désengagement financier de l'état [plan d'accès].

Qui se souvient du Quai des Clics ? Nous nous sentons particulièrement concernés à Grenoble, car nous avons été l'un des premiers ECM à ouvrir en France, fin 1998-début 1999. Pendant près de 5 ans nous avons accueilli un public de tout âge pour l'initier à internet, favoriser la créativité, débattre des enjeux, donner la parole aux artistes et mobiliser chercheurs et professionnels... Les nostalgiques peuvent toujours consulter en ligne les fameuses "Grenoble Web Sessions" :)

Hélas, nous avons dû fermer boutique en 2004, faute de crédits... de la Région Rhône-Alpes cette fois-ci, qui considérait, avec la délégation régionale du Ministère de la Recherche (DRRT), qu'il était temps de passer à autre chose. Pourtant, le public était au rendez-vous, les partenaires toujours actifs.

Quel est le problème, finalement ? En coupant les aides publiques aux actions culturelles visant l'appropriation et la critique d'objets et de services innovants, le gouvernement nous pousse vers les entreprises, afin d'obtenir des financements privés. Comment alors conserver l'autonomie nécessaire pour développer une véritable approche culturelle ? Je me souviens de l'opérateur historique de télécoms français qui martelait à longueur de publicité au seuil de l'an 2000 : "Internet, c'est Wanadoo", induisant le public, les consommateurs et les citoyens en erreur. D'où mon refus d'un partenariat permanent avec France Telecom pour le Quai des Clics. Est-ce cela que cherche ce gouvernement ? Que Google nous apprenne à nous informer ?
---
CCSTI ECM. Un autre CCSTI, plus robuste, a su résister et maintenir son activité d'Espace Culture Multimédia, c'est l'excellent Espace Mendès France, à Poitiers.

vendredi 8 février 2008

Scalène Danse Nano

Tableau 4 : la vie au fond
Youtci Erdos, compagnie Scalène - photo CCSTI Grenoble.

Si vous les avez ratés
, fin 2006, lors de la présentation de l'Expo Nano au CCSTI La Casemate à Grenoble, voici venir 2 nouvelles occasions de voir le spectacle chorégraphique "Nouvelles du fond", conçu en forme de visite dansée d'exposition par la compagnie Scalène - y.erdos /m. chabanis :

- le 4 mars 2008, à 18h30, à l'Ecole Normale Supérieure de Lyon, dans le cadre d'une rencontre "Confluences des savoirs", organisée en collaboration avec le Musée des Confluences [voir infos sur le web du Musée], sur la thématique "nanotechnologie et éthique" avec le Professeur Frédéric Gaffiot, chercheur à l'Institut des Nanotechnologies de Lyon. Youtci Erdos proposera un solo extrait du spectacle Nouvelles du fond.

- le 28 mars 2008, à Tremblay en France, en Seine Saint Denis, au Nord-Est de Paris, à l'occasion du vernissage de l'EXPO NANO, qui sera présentée du 25 mars au 25 avril à l'Hôtel de Ville. Le spectacle sera donné dans son intégralité, et comme il se doit, au cœur de l'exposition.

Tableau 1 : Mister Feynmann Tableau 3 : l'invisible

Miniatures en Nanoscope
. On peut retrouver l'origine de ce spectacle dans une des précédentes créations de la compagnie Scalène : "Les désaxés". Créée à l'occasion des Rencontres i 2005, cette pièce s'intéressait déjà au monde de l'infiniment petit, aux équilibres à l'échelle atomique... De notre côté, nous étions en pleine conception de l'exposition sur les nanotechnologies. L'idée a germé alors de donner "carte blanche" à Youtci Erdos et Manuel Chabanis pour imaginer un parcours dansé de l'expo à venir, une interprétation sensible de la scénographie et de son objet, afin d'offrir une forme nouvelle de médiation avec le public...

Art/Science - Danse/Technologie. L'intérêt de ce genre d'expérience est double : amener un public amateur de danse contemporaine vers des sujets qu'il n'aurait pas choisis spontanément d'une part et, d'autre part, incarner les tensions, les discours, les formes à l'œuvre dans le sujet. Incarner et non illustrer, donner chair et non représenter, jouer le registre de la poésie et non celui de la pédagogie. Que ce soit par les choix musicaux (l'excellente idée de la chanson Good Friday de Coco Rosie), l'humour décapant des vidéos de la séquence 2, le solo dédié à Richard Feynman ou le final percutant, Scalène a fait preuve d'une audace et d'une impertinence salutaires, à un moment où le sujet "nano" tournait, à Grenoble, très vite au psychodrame.

A revoir donc, à Lyon ou à Tremblay !

---
- A voir : l'Album photos du spectacle joué à la Casemate, le 28 septembre 2006.

-
Le site web de la Compagnie Scalène : http://www.cie-scalene.com/

-
Pour en savoir plus sur les conditions de cette création, consultez ci-dessous la présentation faite le 15 novembre 2006, au Palais de la Découverte à Paris à l'occasion des journées d'études de l'OCIM sur la diversification des activités culturelles dans les lieux de culture scientifique :

mercredi 6 février 2008

vendredi 1 février 2008

Apartheid, l'expo coup de poing

CCCB Expo APARTHEID
"Butcher Boys", Jane Alexander, 1985.

L'excellent Centre de Culture Contemporaine de Barcelone (CCCB) présente pendant quelques jours encore l'exposition "APARTHEID, The South African Mirror" (jusqu'au 03 février). J'ai eu la chance de pouvoir la visiter samedi dernier. Témoignages, objets patrimoniaux, montages vidéos, rappels de l'actualité, mais aussi oeuvres d'artistes Sud-africains (Nandipha Mntambo, Johanes Phokela, William Kentridge... voir photos sur le web du CCCB), cette exposition invite à plonger dans les racines idéologiques racistes qui ont innervé pendant trop longtemps le régime politique Afrikaner.

Mais ne croyez pas qu'il ne s'agit que d'histoire ! Comme le souligne très justement Josep Subiròs, le curator :

"Apartheid in South Africa can be seen, not only as an extreme manifestation of old, deeply-rooted Western racism, but also as a dramatic but clear precedent, metaphor and paradigm of some fundamentally inherent aspects of the current world order." (L'Apartheid en Afrique du Sud ne doit pas être seulement vue comme une manifestation extrême d'un vieux racisme ancré dans la culture occidentale, mais aussi comme un précédent dramatique et clair, une métaphore, un paradigme de composantes fondamentalement inhérentes à l'actuel ordre du monde.)

C'est la grande force de cette exposition, dont on ne sort pas indemne : faire réflechir sur notre présent à la lumière de l'histoire contemporaine. L'expression peut sembler plate, elle prend un sens aigu dans cette expo qui laisse le visiteur K.O. à la sortie. La sortie où défilent par exemple des images de sans-abris noirs errant dans des rues cabossées, invisibles aux yeux des passants blancs. Photos de Johannesburg ? du Cap ? Non : Marseille. Ou encore : placardées du sol au plafond, des listes égrenant le nom, l'âge et l'origine de victimes de discriminations raciale et de mauvais traitements. Beaucoup d'enfant, de femmes dans ces listes. Morts, disparus. Dans la zone de transit de l'aéroport de Roissy par exemple.

CCCB Expo APARTHEID

Pour cette expo, l'artiste Sud-africaine Jane Alexander a recréé, dans la cour intérieur du CCCB, une grande installation de barbelés et de grillages intitulée : "Security with traffic (influx control)", qui évoque la frontière de Mellila, ville Espagnole au Maghreb, porte d'entrée de l'Europe pour les candidats à l'immigration. Sans commentaire.

APARTHEID, comme les précédentes expositions montées par le CCCB (Techernobyl, Frontières, ...) montre à quel point le musée (ou le centre culturel) est essentiel pour nous interroger sur notre rapport au monde. Contrairement aux médias de flux, qui nous saturent, voire nous sidèrent, pour reprendre les idées de Paul Virilio, l'exposition nous offre dans le même espace temps toutes les distances nécessaires et toutes les palettes de la compréhension. Encore !