dimanche 28 octobre 2007

Le Commission Européenne prépare un appel d'offre sur la communication des nanotechnologies

Comment communiquer sur les nanotechnologies ? Vers quelles cibles prioritaires ? Quels messages ? De quelle manière ? Voici les quelques questions "de base" sur lesquelles nous avons été amenés à plancher, les 23 et 24 octobre derniers à Bruxelles, à la Direction Générale de le Recherche de la Commission Européenne. "Nous", c'est-à-dire un groupe d'une trentaine d'experts - ou plutôt de praticiens, ayant conduit des expériences sur le sujet des nanos avec des publics. L'objectif de ce workshop : préparer l'écriture de l'unique appel d'offre du 7è PCRD (pour comprendre quelque chose à cet acronyme, allez voir sur le site en français d'Eurosfaire) sur la communication des nanotechnologies (publication prévue au 2nd semestre 2008).

Cet atelier fait suite à la journée du 6 février 2007, date du déroulement d'un premier workshop sur ce même sujet qui donna lieu à un "Working Paper" (à consulter ici sur Cordis). Les conclusions de ces 2 journées feront l'objet d'un nouveau document, diffusé de la même manière sur le web de Cordis dans les semaines qui viennent. Ensuite, fort des retours des internautes, ce document servira de base à la rédaction de l'appel d'offre de l'automne 2008. Sans préjuger donc du contenu final, on pourra retenir les quelques axes suivants :
  • ciblage plus précis des catégories de public, avec l'accent mis sur les "intermédiaires" (ONG, politiques, journalistes, décideurs, enseignants) ;
  • volonté de soutenir des systèmes de "plate-forme de communication", pour favoriser les feed-backs et le dialogue, plutôt que des dispositifs à sens unique ;
  • volonté de ne rien exclure dans les types de pratique - au contraire, la Commission recherche là aussi l'innovation dans les pratiques de médiation, avec un intérêt marqué pour les croisements arts / sciences / communication...
Ce workshop fut aussi l'occasion de rencontrer directement des porteurs de projet de délibération publique sur les nanotechnologies - ce qui présente le grand intérêt de pouvoir croiser et bénéficier des retours d'expérience de chacun. Parmi eux, je retiendrais plus particulièrement :

- le projet anglais Science Horizons (http://www.sciencehorizons.org.uk/), piloté par l'excellent Franck Burnett, Professeur de communication scientifique à Bristol et responsable de Graphic Science, une unité spécialisée dans "la communication de la science pour des audiences ciblées". En quelques mots, Science horizons consiste à organiser des rencontres publiques sur le thème de la prospective à 2025, et donc d'engager la discussion sur la place des sciences et des technologies dans notre vie quotidienne...

- un second projet anglais, Small Talk (http://www.smalltalk.org.uk/), pilotée par le Think-Lab de Melanie Smallman (non, ce n'est pas un gag !). Ce projet, dont vous pourrez lire le rapport final sur le site, consistait à mettre en oeuvre divers moyens pour que communauté scientifique, citoyens et décideurs politiques se rencontrent, discutent ensemble et comprennent leurs points de vue respectifs. Les conclusions sont particulièrement intéressantes, et recoupent pour la plupart les résultats d'autres dispositifs de ce genre (conférence de citoyens en Ile de France, projet NanoDialogue, etc.).

Small Talk.








- le projet américain Power of Small (http://www.powerofsmall.org/) qui mixe un grand nombre de médias, de Science Centres et de dispositifs en tous genres (débats TV, podcast, comics, etc.) pour faciliter les échanges entre chercheurs, politiques et citoyens. Une expérience très... américaine ;-) mais qui ne manque pas d'intérêt.


- le projet allemand de l'Open Lab du Deutsches Museum (Achtung : site en allemand) où le sympathique Paul Hix travaille à son Doctorat sur les nanotechnologies en plein dans le Musée, sous le regard (et les questions) des visiteurs...

- enfin, le projet italien Blow Up (http://www.s3.infm.it/blowup/) très graphique, tendance "belles photos pour papier glacé" (voir ci-dessous) tente l'intersection art/science avec une exposition de photographies prises aux microscopes à effet tunnel et à force atomique, "retravaillées" par un artiste... J'avoue ne pas avoir été franchement convaincu de la pertinence de la démarche...

Blow up





















A suivre avec la publication du "Working paper" dans quelques semaines. Nous en reparlerons.

lundi 22 octobre 2007

Quelques images du Festival Art Outsider 2007

[Nano-sculpture de Christa Sommerer et Laurent Mignonneau]

Je vous en parlais le mois dernier, le Festival Art Outsider s'est déroulé à la Maison de la Photographie à Paris du 12 au 30 septembre dernier. Heureusement pour nous, pauvres habitants des provinces lointaines ;-) "Photon Quantique", photographe parisien visiblement amateur d'images étonnantes aux croisements arts et sciences, vient de mettre en ligne sur Flickr quelques clichés de ce surprenant festival...

[Photographies holographiques de Rodolphe von Gombergh]

Pour voir tout l'album : Flickr Album @rt Outsider/PhotonQuantique.

Et en bonus, la vidéo "200 Nanowebbers"du studio de production anglais Semiconductor. (voir aussi leur galerie photo, toujours sur Flickr).

vendredi 19 octobre 2007

Débats sur les tests ADN : les CCSTI curieusement absents

Le projet de loi sur la maîtrise de l'immigration devrait être voté dans les prochains jours par la majorité présidentielle. La disposition concernant les tests ADN imposés aux étrangers afin de prouver leurs liens familiaux est tout particulièrement scandaleuse. Le débat fait rage un peu partout sur le web ; la pétition lancée en ligne par Charlie Hebdo www.touchepasamonadn.com enregistre en moyenne 3 ou 4 inscriptions par minute. A l'heure où j'écris ces lignes, 259 641 signataires se sont enregistrés.

Que font les CCSTI dans ce débat ? - Rien. Nous voici donc face à une polémique sociétale, induite par la proposition d'utiliser une avancée scientifique et technique (le test ADN) à des fins politiques. Voilà un vrai sujet "Sciences et Société" ! Un vrai bon sujet pour les centres de culture scientifique technique et industrielle qui se positionnent sur l'actualité scientifique et sociale, et non sur le patrimoine comme leurs collègues des muséums. Et pourtant, aucun CCSTI en France n'a rebondi sur cette question. Un rapide tour du web des principaux centres (Cap Sciences, Espace des Sciences, Espace Mendès France, Fondation 93, Forum des Sciences, CCSTI La Casemate) montre que ce sujet n'en est pas un. Y compris pour la géante Cité des Sciences et de l'Industrie qui dispose pourtant d'un service journalistique interne "Sciences Actualité". L'annonce des Prix Nobel, oui, les véritables débats Sciences et Société, non.

Cette remarque vaut aussi pour le Grenelle de l'environnement, sujet dont on sait combien il impacte les recherches scientifiques actuelles, les technologies, et les rapports experts - citoyens. Cet autre grand sujet "Sciences et société" de cette fin d'année 2007 nous est passé complètement au-dessus de la tête... Je dis "nous" car, directeur du CCSTI La Casemate de Grenoble, je prends toute ma part de responsabilité dans cette (auto)critique. Mais la question reste entière : pourquoi nos institutions sont-elles incapables de réagir et de nourrir les véritables débats lorsqu'ils se présentent ? Sommes-nous trop occupés à règler nos problèmes de boutiques pour agir là où ça se passe ?

Démocratisons la démocratie. Une des réponses serait de moins focaliser sur les besoins et les points de vue des scientifiques et d'intégrer beaucoup plus les préoccupations sociétales à nos manières de faire (c'est d'ailleurs l'une des recommandations issue du récent rapport "Sciences et société" du Conseil économique et social Rhône-Alpes). Nous pourrions aussi nous rapprocher des agences, conseils ou comités nationaux qui enquêtent et évaluent au quotidien la protection des libertés individuelles (CNIL), la sécurité sanitaire, l'environnement et le travail (AFSSET) ou l'éthique et les sciences de la vie (CCNE). Hélas, ces institutions ne s'investissent guère dans l'information et la sensibilisation du public. Il me semble que nous avons un rôle à jouer dans cette "démocratisation de la démocratie". Sur les tests ADN, le Comité National Consultatif d'Ethique a d'ailleurs été saisi et son avis est consultable en ligne. C'est un avis clair, court (3 pages), compréhensible par tous, tranché :

Extraits : "L'erreur est de laisser penser qu'en retrouvant le gène, la filiation serait atteinte. La filiation passe par un récit, une parole, pas par la science. L'identité d'une personne et la nature de ses liens familiaux ne peuvent se réduire à leur dimension biologique."
"D'une manière générale le CCNE attire l'attention sur la dimension profondément symbolique dans la société de toute mesure qui demande à la vérité biologique d'être l'ultime arbitre dans des questions qui touchent à l'identité sociale et culturelle. Elle risquerait d'inscrire dans l'univers culturel et social la banalisation de l'identification génétique avec ses risques afférents de discrimination."

On ne saurait opérer une meilleure "mise en culture" de la science...
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Ps : cet article doit beaucoup au "coup de sang" de Joëlle Le Marec, chercheur à l'ENS LSH Lyon, coordinatrice du Cluster 14 "Enjeux et représentations de la science, de la technologie et de leurs usages".

vendredi 12 octobre 2007

Rhône-Alpes s'engage pour un développement responsable des nanotechnologies

Pour le second acte de son colloque « Nanotechnologies et décision publique », le 2 octobre 2007 à Charbonnières, la région Rhône-Alpes souhaitait qu'intervenants et participants contribuent à « définir les mesures d’accompagnement à prendre concernant l’expertise sur les risques encourus, l’information des citoyens et l’animation du débat public ». Plus de recherche en toxicologie et sur les impacts sociaux, mobilisation de la Région pour favoriser l’élaboration de dispositifs de régulation et de normes au plan international, et information et participation des citoyens aux décisions publiques sur le développement des nanotechnologies : telles sont les 3 principales pistes de travail dégagées par le vice-président Roger Fougères à l’issue des débats. Retour sur une journée riche en discussions.


Qu’est-ce qu’une décision politique ? Dans un long et brillant exposé, le patron de Sciences Po Grenoble, Olivier Ihl, a décortiqué les processus de la décision politique pour montrer à quel point ils étaient différents d’une décision d’expert. « L’illusion, c’est de croire que les experts sont des garants neutres de la science, et que les décideurs sont des agents zélés de la connaissance. On oublie que face à l’énoncé vrai, il y a l’énoncé légitime. » a-t-il rappelé. Pour lui, le plus urgent est de repenser l’articulation entre sciences et politique, et non entre sciences et société. « On considère à tort que c’est la façon dont les opinions sont rassemblées qui pèse sur la qualité de la décision » a-t-il ajouté, et l’on sait combien Olivier Ihl est dubitatif et critique envers toute procédure de débat public qui ne respecte pas à la lettre les grands principes définis par les politologues. « D’abord, le grand public ne s’intéresse pas à cette question. Ensuite, ces débats sont trop souvent mis en scène. Enfin, ils ne tournent qu’autour de la question des risques ». Olivier Ihl ne rejette cependant pas toute procédure de débat public. Au contraire, il montre comment, en l’inscrivant dans une durée construite et en l’animant selon des principes réfléchis, le débat public est un outil indispensable aux processus décisionnels en situation d’incertitude. « La logique des choses ne renseigne pas sur les choses de la logique, a-t-il conclu, ce n’est pas avec l’argument de la logique qu’on peut expliquer ce qui se passe dans la société ».


Et ailleurs, comment ça se passe ? Autre temps fort de la matinée, la présentation de l’étude de benchmarking des centres mondiaux d’excellence en nanotechnologies et nanosciences, par Marcel Morabito, juriste, ancien Recteur de l’académie de Grenoble. Commanditée par Jean Therme, directeur de la recherche technologique du CEA et (co)pilote du projet MINATEC à Grenoble, cette étude porte sur les volets culturel, juridique et sociétal des nanos dans 10 pays : Inde, Chine, USA, Royaume-Uni, Finlande, Suisse, Allemagne, Japon, Corée du sud, et Taiwan. Tous ces pays montrent des spécificités et surtout des convergences, d’après Marcel Morabito. Particulièrement à propos des orientations stratégiques, comme par exemple la pratique du financement sur projets (versus financement par structure en France), le développement des évaluations périodiques, le resserrement des liens recherche/enseignement/industrie, le niveau de décision interministériel (démontrant si nécessaire les enjeux géopolitiques des nanotechnologies), ou encore la prise en compte de la dimension sociétale. Sur ce dernier point, des différences subsistent entre les pays : accent sur la dimension éducative à Taiwan, création de centres de recherches pluridisciplinaires pour nourrir le débat public aux USA ou en Suisse (voir le programme Anthropos de l'Université de Lausanne), programme de recherche sur les risques au Royaume-Uni. Pour Marcel Morabito, « le débat public en France doit prendre en compte le contexte international ». Et de conclure : « pour un débat public durable il faut 2 conditions : toucher l’école, et impliquer massivement les universitaires. Les universités ont un rôle sociétal fondamental à jouer. »


Enfin un industriel ! La première table-ronde de l’après-midi était consacrée aux méthodologies de débat public. L’occasion pour Marc Lipinski, vice-président chargé de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation scientifique et technique au conseil régional d’Ile-de-France, de nous présenter la conférence de citoyens qu’il a initié fin 2006 (un DVD a été réalisé sur cette expérience). « L’occasion de démontrer que de simples citoyens peuvent prendre position sur des sujets complexes. » Convaincu par cette première expérience, Marc Lipinski projette d’en organiser une autre pour un panel d’élus. Excellente idée qui nous rappelle qu’un élu est rarement un expert. Puis nous entendîmes enfin un industriel sur la question des nanotechnologies : Daniel Bernard, l’un des responsables de la recherche chez ARKEMA. Déception pour ceux qui attendaient des révélations : « les nanos existent depuis bien longtemps. C’est même le métier des chimistes ». Bienvenue au royaume d’oxymore, dirait Bernadette Bensaude-Vincent (lire la région Rhône-Alpes questionne le développement des nanotechnologies) ! Car, « chez ARKEMA, le projet nanotube de carbone a révolutionné notre communication vers l’extérieur » ajoute pourtant Daniel Bernard. Sa démonstration tient en trois points : « révolution » de la communication en interne, avec le CHST, le médecin du travail, et le DRIRE ; vers les milieux professionnels : ingénieurs chimistes des CRAM ; et travail sur les impacts socio-économiques avec le conseil régional d’Aquitaine – « l’extérieur » ne va donc pas jusqu’au grand public pour ARKEMA, puisque cette même entreprise, l’une des seules à produire des nanoparticules en France, a refusé de participer à l’exposition « NANO » que le CCSTI Grenoble a réalisé en 2006. ARKEMA a également décliné l’invitation à présenter son activité nano lors de l’installation de l’exposition à la Cité des Sciences et de l’Industrie.


Grosse fatigue. Les syndicats étaient présents aussi : CGT à la première table-ronde, CFDT à la seconde. Laurent Labrot, pour la CFDT Rhône-Alpes a fait part du désir de son organisation d’être mieux associée à la dynamique industrielle et scientifique des nanotechnologies. « Les pôles de compétitivité comme MINALOGIC, à Grenoble, nous posent problème » a-t-il alerté ; « le principe même de leur fonctionnement par association de personnels de statuts et d’organismes différents remet en cause la gestion des ressources humaines. Quel dialogue social au sein des pôles de compétitivité ? » De son côté, Bruno Bouvier pour la CGT, mise sur un rapprochement entre les organisations syndicales et les ONG pour travailler sur la responsabilité sociale de l’entreprise. Il s’appuie sur une expérience récente de la CGT : la collaboration avec Greenpeace en 2006 sur le règlement européen Reach. Mais c’est le représentant de la seule ONG présente à la tribune, Lionel Larqué pour la Fondation Sciences Citoyennes, qui a jeté un pavé dans la mare. « Nous avons longuement hésité avant de répondre favorablement à votre invitation » a-t-il confié à Roger Fougères, « la Fondation Sciences Citoyennes n’a rien à dire sur les mesures d’accompagnement ». Accompagner n’est en effet pas la vocation de cette association, présidée par Jacques Testart, qui a pour vocation de « réunir des chercheurs scientifiques critiques et des "profanes" engagés dans des luttes (sociales, médicales, environnementales) où ils rencontrent – voire contestent – la technoscience dominante et l’expertise officielle » (lire la présentation de la Fondation sur son site web). « Nous sommes fatigués de répéter la même chose depuis 50 ans » s’est exclamé Lionel Larqué, « que le complexe militaro-industriel influe de manière insupportable sur la recherche scientifique et les développements technologiques. » Il faut alors « stimuler la liberté d’expression et le débat dans le monde scientifique et promouvoir l’élaboration citoyenne des choix scientifiques et technologiques ». Le mode d’emploi ? « Du fric pour les associations ! »


Passer à l’action. « Pour pouvoir poser des questions, il faut se faire un avis » a judicieusement rappelé Philippe Bisseti, l’un des porte-parole du panel citoyen. « Comment faire monter en compétence la société civile ? » avait demandé Dorothée Benoît Browaeys, de l’association Vivagora, dans la matinée. Pour augmenter la qualité du débat public, il faut aussi « vulgariser les sciences de la société : gestion, droit, sociologie, science politique, etc. afin de sortir des clichés et des idées reçues » soulignait de son côté Olivier Ihl – une idée que le CCSTI Grenoble partage (lire mon intervention dans ce colloque). « L’enjeu est colossal, a reconnu Roger Fougères, en conclusion de cette longue journée ; en Rhône-Alpes nous sommes petits, mais nous devons essaimer. » D’où un financement accru des recherches d’impact, la création d’un pôle de référence national en toxicologie et écotoxicologie en Drôme, à Rovaltain, et le développement, en s’appuyant notamment sur les 8 CCSTI implantés en Rhône-Alpes, de panels citoyens et de débats publics. Ce colloque a révélé une volonté politique manifeste – il reste maintenant aux acteurs à se mobiliser et à sortir de leurs sentiers battus pour expérimenter ces nouvelles relations entre sciences et société. De notre côté, nous sommes déjà en route !

mercredi 3 octobre 2007

Intervention de Laurent Chicoineau au colloque "Nano et décision publique" au Conseil Régional Rhône-Alpes, le 02.10.07.

En préambule, je souhaite dire que le CCSTI Grenoble se positionne clairement dans le champ de l’information du public, avec la volonté de faire comprendre, faire réagir, et non d’informer pour le plaisir d’informer. Diffuser la culture scientifique technique et industrielle, ce n’est pas non plus faire la propagande des sciences ou des technologies, comme certains le sous-entendent un peu trop facilement. Pour nous, faire une exposition sur les nanotechnologies, ce n’est pas faire du marketing pour les nanotechnologies.


Mon intervention s’articulera en 4 points.


Premier point : comment mobiliser les publics ? Déjà dans cette question, un abus de langage, puisque ne sont considérées comme « public » que les personnes déjà impliquées dans l’une de nos activités : exposition, ateliers participatifs, conférences-débats, etc. Je ne parlerai pas non plus de nos publics « captifs » – ne vous inquiétez pas, nous ne retenons personne prisonnier, même si nous travaillons dans une Casemate – c’est-à-dire essentiellement les jeunes, le public scolaire. Non pas que ces publics ne nous intéressent pas, mais leur motivation est inscrite dans une logique pédagogique, on ne leur demande pas s’ils ont envie ou non de venir participer à nos activités. Je veux parler ici des « non publics », c’est-à-dire des habitants de l’agglomération grenobloise et du département qui ne viennent pas dans nos activités. Donc, comment mobiliser « les gens » ? Il y a deux manières simples (voire simplistes) d’y parvenir : en les effrayant, en jouant sur les peurs, ou en leur apportant du plaisir immédiat, de la jouissance, en leur faisant croire que « science is fun » et que tout ira mieux demain dans le meilleur des mondes… Nous nous refusons à l’une comme à l’autre de ces deux voies infantilisantes. Une autre façon de les mobiliser, consiste à les considérer en citoyens, en adultes, en tentant de les faire participer aux processus de réflexion collective et de décisions publiques. C’est un moyen de leur accorder du crédit, de les respecter, de les traiter en responsables. Mais pour ce faire, il est absolument nécessaire que les pouvoirs publics locaux partagent ces idées et s’investissent dans ces démarches. Ce sont les collectivités locales qui ont la légitimité et le devoir d’articuler démocratie représentative et démocratie participative. Ce n’est pas à nous, associations, de nous substituer à cette mission. Donc, pour mobiliser les publics, on peut mettre en œuvre des démarches et des procédures participatives – et les CCSTI y ont toute leur place.


Deuxième point : la place des médiateurs. Toutes nos études de public le démontrent, nos visiteurs portent un grand intérêt aux structures de médiation. « Parce qu’elle sont neutres » disent-ils, « pluralistes et indépendantes » préférons-nous. Des lieux permanents, espaces de médiation durables, comme nos CCSTI ou d’autres organismes, sont donc nécessaires pour une mobilisation continue des chercheurs et des citoyens. Le problème qui surgit alors, auquel nous sommes confrontés ces dernières années, est celui de l’articulation entre les médiateurs et les producteurs de connaissances scientifiques et techniques. Car la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui est celle de médiateurs professionnels à temps plein. En effet, l’optimisation des crédits publics implique l’optimisation des procédures et des actions, qui entraîne une professionnalisation des médiateurs, avec le risque de faire de « l’art pour l’art », de la médiation pour médiateur, bref de s’enfermer des logiques professionnelles et de se couper des publics et des scientifiques. Nous n’en sommes pas là au CCSTI Grenoble – du moins je l’espère ! – mais cette question d’une articulation structurelle entre médiateurs et chercheurs, et entre organismes de médiation (CCSTI, musées, associations, etc.) et universités et organismes de recherche est d’une actualité brûlante.


Troisième point : les relations science et société. Le quiproquo est général sur la perception du couple « science et société ». Tout le monde pense que c’est la science et seulement la science qui pose problème, que tout le monde connaît fort bien la société : c’est faux ! Les sciences qui ont été le moins vulgarisées depuis des décennies sont bien les sciences sociales. Il y a eu plus d’actions pour vulgariser la physique quantique que pour vulgariser le fonctionnement de la bourse, ou les sciences de la gestion. Il est urgent d’intégrer les SHS dans la diffusion de la culture scientifique et technique ; il nous faut diffuser aussi la culture politique, juridique et administrative de notre pays (et de l’Europe), si on veut progresser dans notre mission.


Enfin, quatrième et dernier point : internet. Il est proprement hallucinant de débattre une journée entière de comment impliquer les citoyens dans les décisions publiques sans jamais évoquer la place ni le rôle qu’internet et les réseaux numérique d’information et de communication jouent et vont jouer encore plus à l’avenir ! A fortiori si on considère qu’internet touche très largement le jeune public. Il me semble que nous sommes tous d’accord pour considérer les jeunes, l’éducation, leur participation au débat, comme un enjeu majeur du développement de notre société, et nous passons totalement à côté de leurs pratiques, de leurs modes de communication et d’échange. Le désintérêt des grands organismes de recherche et des universités pour ce média est grave : quand vous tapez « nanotechnologie » dans Google, vous obtenez peu d’informations officielles sur le sujet en langue française (quelques blogs, la définition dans wikipédia…). Il faut aller sur les sites américains pour trouver de belles images, des vidéos, des animations… tout ce qui parle aux jeunes branchés sur internet. Il me semble urgent que les acteurs français des nanotechnologies (universités, organismes de recherche, agences de financement, collectivités locales, etc.) investissent massivement ces réseaux.


Je vous remercie de votre attention.