samedi 29 décembre 2007

Un peu de Science-Fiction pendant les vacances

Pourquoi ne pas profiter des vacances de Noël pour écouter en podcast [définition] quelques nouvelles de Science-Fiction en langue française ?

C'est la bonne idée proposée par 2 fans suisses de SF, Marc Tiefenauer et Lucas Moreno, sur le site Utopod (cf logo ci-contre). Claude Ecken, Catherine Dufour, Philippe Curval, Joël Champetier... de nombreux auteurs, français et/ou francophones sont "mis en onde" dans un format assez classique, style "dramatique radiophonique de France Culture", mais agréable à l'écoute. L'abonnement est gratuit, par iTunes par exemple (si vous ne l'avez pas encore, téléchargez-le ici).

Le plus du site Utopod : de superbes illustrations accompagnent chaque nouveau post. Voyez ci-dessous : "Ferrouille", de Aurélien Police [en voir + sur son blog Phrenologik.net] pour le podcast n°15 "La mort des joujoux" de Catherine Dufour.

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Source : Blog de David Bosman, éditeur de Compétences Micro.

lundi 17 décembre 2007

Vers une fusion Cité des Sciences/Palais de la découverte ?

Le 12 décembre dernier, lors du premier Conseil de modernisation des politiques publiques (voir site officiel), le Président de la République a annoncé, parmi un ensemble de 97 mesures, une possible fusion entre la Cité des Sciences et de l'Industrie à la Villette et le Palais de la Découverte (Grand Palais) :

"le Palais de la Découverte sera regroupé avec l’établissement public de la Cité des sciences et de l’industrie. Ce regroupement permettra de créer un opérateur de référence en matière de culture scientifique et technique, présent sur deux sites."
(téléchargez le document complet)

Au moment où le Palais vient d'entreprendre d'importants travaux de rénovation (lire Le palais de la découverte à la dérive), et où la Cité des Sciences prépare l'ouverture de la fameuse "4ème travée" (jusqu'ici jamais occupée) en "programme de divertissement qui mixe loisirs, commerces, culture, nouvelles technologies, et animations événementielles à travers le prisme de la culture pour constituer un véritable temple de l’image et du son" (cf communiqué de la société Apsys), on peut s'interroger sur la complémentarité supposée du nouveau Mammouth français de la culture scientifique.

Quelle articulation entre les 2 sites ? Quelle complémentarité ? Et surtout, quel impact sur le réseau national des Centres de Culture scientifique technique & industriel (la Réunion des CCSTI) ? La diffusion de la culture scientifique ne serait-elle qu'une problématique parisienne ? Et pourquoi pas une décentralisation de l'une des deux institutions parisiennes ? ;-)

jeudi 13 décembre 2007

Informatique et société : tous fichés ?

40 ans de l'INRIA

L'INRIA fêtait ses 40 ans les 10 et 11 décembre dernier, au Grand Palais à Lille. L'occasion de faire le point sur les dimensions scientifiques et techniques de l'informatique bien sûr, mais aussi sociétale et - osons le mot - éthique (voir programme complet). J'ai assisté aux deux sessions intitulées "Société". L'image ci-dessus est celle d'un comédien qui a introduit le débat "Services et libertés, demain tous fichés ?" Comme l'ont rappelé des chercheurs dans le public et les intervenants sur l'estrade, cette petite saynette amusante sur les affres d'un individu pucé et fiché par des systèmes informatiques invisibles n'est pas de l'ordre de la science-fiction, mais bien d'actualité ! Le public nombreux de cette session montrait bien l'intérêt et la préoccupation que les chercheurs en informatique portent enfin aujourd'hui aux "impacts sociétaux" des technologies qu'ils concourrent à développer.

Comment je suis devenu parano. Il faut bien reconnaître que le tableau brossé par les invités de la table-ronde n'était guère réjouissant. De surcroît, Peter Fleischer, responsable de la "privacy" chez Google (voir son blog), s'était fait excuser... Pas envie d'affronter la dynamique philosophe Barbara Cassin, auteure de "Google-moi, la deuxième mission de l'Amérique" (Albin Michel, 2007) ? Il est vrai que cette table-ronde, brillamment animée par le journaliste Jacques Henno, auteur de "Tous fichés, l'incroyable projet américain pour déjouer les attentats terroristes" (Télémaque, 2005), n'a pas fait dans la dentelle, surtout pour les Américains. En résumé, depuis le 11 septembre 2001, le monde a changé. Le "Patriot Act" impose une sorte de loi martiale à toutes les entreprises - américaines ou non - exerçant sur le sol US. Cette loi leur impose de communiquer sur simple demande au gouvernement fédéral l'ensemble de leurs fichiers informatiques, à l'insu des individus qui sont recensés dans ces mêmes fichiers... En gros : Bush et ses accolytes disposent de millions (milliards ?) de données nous concernant à peu près tous. La question est : que risquent-ils d'en faire ? Face à cela, Alex Türk, courageux président de notre courageuse Commission Informatique et Libertés (CNIL) ne semblait par lourdement équipé. Une réponse Européenne ? Difficile de sortir du PPCD (plus petit commun dénominateur qui tire toujours vers le bas)... Et de conclure son intervention par : "Sommes-nous toujours obligés d'utiliser toutes les technologies disponibles ?"

- j'ai bien peur que oui, car si une technologie est disponible, c'est bien parce que certains l'utilisent...

dimanche 9 décembre 2007

NanoDialogue / Expo Nano : 2 façons d'interagir avec le public

Parmi les nombreux colloques organisés tous les deux ans, en France, par le Centre Jacques Cartier, celui qui était focalisé, les 3 et 4 décembre 07 à Grenoble, sur les nanosciences et nanotechnologies (« Nanosciences et nanotechnologies : quelles ruptures ? ») m’a donné l’opportunité de présenter une rapide comparaison entre le projet Européen NanoDialogue et le projet français Expo Nano. Ces deux projets se sont déroulés en parallèle, de 2005 à 2007. Le CCSTI Grenoble a été impliqué comme partenaire associé pour le premier, et comme « chef de file » pour le second. La spécificité de ces deux projets consistait à envisager l’exposition comme support à études et participation du public, notamment pour mieux cerner ses représentations, attentes et craintes vis-à-vis du développement des nanotechnologies.

Expo participative à l’échelle Européenne. NanoDialogue est le titre d’une exposition de taille modeste (50 m2) réalisée par la Città Della Scienza (Naples, Italie), traduite en 8 langues européennes et présentée en même temps dans 8 pays, de Mars 2006 à Février 2007. On estime à 1 million, le nombre cumulé de visiteurs. Pour créer ce fameux « dialogue » avec la Société, deux dispositifs, élaborés et analysés par les sociologues du Centre for Study on Democracy (CSD) de l'Université de Westminster (UK), ont été mis en œuvre : un questionnaire à choix multiple, et un guide d’entretien pour animer des « focus groups » (groupes de discussion). En région Rhône-Alpes, nous avons animé 2 focus groups et récolté une centaine de questionnaires auprès des 15 000 visiteurs de l’exposition NanoDialogue.


Le principal intérêt de cette expérience visait à questionner « l’opinion publique européenne », avec toute les limites classiques intrinsèques à ce genre de démarche (la manière de poser la question induit la réponse, risque de contresens lors des différents processus de traduction, contexte particulier des Musées de science, …) Ce dernier biais, le contexte de l’étude, a grandement déterminé le profil du public touché (voir slide ci-contre) : plutôt jeune, étudiant et urbain – le public des Centres de Sciences.


Principaux résultats.
Il ressort que 20% de l’ensemble des personnes interrogées ont eu connaissance des nanotechnologies par la télévision, 14% par l’école ou l’université et 13% par d’autres médias. 60% des personnes interrogées estiment que dans 20 ans les effets du développements des nanos seront plutôt bénéfiques – contre 3% qui pensent le contraire (voir figure 3 ci-dessous). 62% des personnes interrogées souhaitent que le public soit impliqué dans les décisions politiques concernant les choix technologiques (contre 20% qui ne le souhaite pas, et 18% « ne sait pas »).

Enfin, un peu moins de la moitié (47%) des personnes interrogées sont pour un moratoire sur « la recherche et la commercialisation des nanotechnologies tant que la preuve de leur innocuité n’aura pas été obtenue » (cf figure 4 ci-dessous).


La montagne accouche d’une souris. Au final, ces résultats nous laissent un peu sur notre faim ! Vu la lourdeur du dispositif engagé (dimension européenne oblige), nous aurions aimé avoir plus de surprise dans les résultats ! Néanmoins, la Commission Européenne a estimé l’opération intéressante – peut être parce qu’elle était pilotée directement par la direction « Nanotechnologies et technologies convergentes » et non par la direction « Sciences dans la société ». Deux ateliers sur « la communication des nanotechnologies » ont été organisés depuis, à Bruxelles (lire sur ce blog : la commission Européenne prépare un appel d’offre sur la communication des nanotechnologies). Leur préconisation ? Favoriser les processus participatifs – une injonction qui risque de rester sans suite si on n’éclaircit pas, sur les territoires, l’articulation entre processus participatif et décision publique. Mais là, on sort du domaine de compétence de la Commission…

Expo Nano : infiniment petit, maxi défis. Pendant le déroulement du projet NanoDialogue, nous avons aussi conçu et réalisé une autre exposition interactive, plus grande (300 m ), destinée à circuler en France et à l’étranger. Cette exposition, intitulée «Nanotechnologies : infiniment petit, maxi défis», a été coproduite par le CCSTI Grenoble, la Cité des Sciences et de l’Industrie et Cap Sciences. Rebaptisée «Expo Nano, la technologie prend une nouvelle dimension» lors de son passage à Paris, elle a été présentée la première fois au public à Grenoble, à la Casemate, du 28 septembre 2006 au 18 février 2007. Elle est actuellement visible au Globe de l’Innovation, au CERN, en Suisse (voir photos sur Flickr).


Papier, crayon : les outils de la participation. encore, notre intention était d’utiliser l’exposition comme terrain d’étude des représentations du public. Parmi les dispositifs mis en place en étroite collaboration avec des chercheurs en linguistique et muséologie de l’Université Pierre Mendès France de Grenoble (Marie-Sylvie Poli et Pascale Ancel, laboratoire ROMA), la « corde à linge » a remporté un vif succès. Dans le dernier des 4 modules, qui traite des enjeux et impacts du développement des nanotechnologies (pour voir une présentation détaillée de l’exposition, visitez le site web exponano.com), le visiteur est invité à rédiger des avis sur des blocs mis à sa disposition, puis à les afficher sur les cordes, afin que d’autres visiteurs puissent en prendre connaissance et, s’ils le souhaitent, y répondre. Près de 900 fiches ont été récoltées pendant les 4,5 mois de présentation à Grenoble !

Principaux résultats. L’analyse de ces contributions, ajoutée à celle des questionnaires et des entretiens individuels, a été riche de nombreux enseignements. Brièvement (car nous aurons l’occasion d’y revenir bientôt sur ce blog), il apparaît que les principales attentes sociales vis-à-vis du développement des nanotechnologies concernent les domaines de la santé et de la recherche médicale. Dans une société où l’allongement de la durée de vie est une réalité pour le plus grand nombre, cette attente semble logique.


Second résultat intéressant : la spécificité du site grenoblois. Pour les visiteurs interrogés, les nanos n’ont pas la même signification à Grenoble qu’ailleurs. Ceci confirme la forte dimension territoriale du débat public (on débat de ce qui nous touche de près).


Enfin, à propos de débat public, les visiteurs sont plutôt ambigus. A la fois, ils souhaitent un grand débat public sur le développement des nanotechnologies, mais n’envisagent pas de participer eux-mêmes. Dans leur vision, le débat public est réservé aux experts. De plus, ils disent ne pas vouloir se positionner en « pour » ou « contre » - ils semblent connaître à ce propos les arguments des opposants grenoblois – mais sont plutôt à la recherche d’une recherche « responsable ».


Qu’est-ce que le débat public pour le public ?
En conclusion, ces deux expériences ont aussi révélé le fort degré de confiance que les personnes interrogées placent dans les expositions et activités proposées par les Musées et centres de culture scientifique. Ces personnes ont qualifié, en grande majorité, les discours des expositions de « neutres », « pluralistes » et « objectifs ». Ce résultat est important, au moment où de nombreux acteurs publics cherchent à « restaurer la confiance ». Enfin, la question du débat reste problématique. Il semblerait que le public s’en détourne refuse au moment où il est nommé ; de façon paradoxale, les personnes interrogées réclament un débat public dont elles resteraient spectatrices. Voilà une piste à explorer : les représentations du débat public par le public… à suivre ?

dimanche 2 décembre 2007

Internet et musées : où sont les débats en ligne ?

Journées d'étude de l'OCIM : Internet et musées

Les 21 et 22 novembre derniers se sont déroulées au Palais de la Découverte , à Paris, les Journées d'études de l'OCIM consacrées aux usages d'internet par les musées et les institutions muséales. L'occasion pour la "communauté" des professionnels de la muséologie et de la culture scientifique de faire l'état des lieux des pratiques et d'imaginer de nouvelles pistes. Un compte-rendu détaillé devrait être publié prochaînement sur les pages web que l'OCIM a consacré à cette manifestation.

Pour ma part, j'ai été invité à intervenir dans la première table-ronde intitulée "Développement et usages d'internet", centrée sur l'usager et ses pratiques (télécharger le document support à ma présentation). Je me suis focalisé sur les pratiques de débat en ligne avec ce constat de départ : le décalage entre les intentions des promoteurs du débat et la très faible participation du public.

A travers 2 expériences de débats en ligne tentées par le CCSTI Grenoble (projet Européen NanoDialogue, et débat publics Nanoviv), nous avons pu constater que l’engouement du public n'était pas au rendez-vous. Alors que le dialogue et l’échange sont revendiqués et pratiqués lors des réunions publiques, leur poursuite en ligne semble poser problème. Plusieurs hypothèses peuvent être émises pour mieux comprendre cette situation : absence d’expérience dans la pratique, appréhension d’utiliser les NTIC, crainte de s’engager dans un processus de diffusion non maîtrisé, difficulté de passer à l’écrit, etc.

Par ailleurs, les sites dédiés aux débats Sciences/Société ne fonctionnent pas mieux - lire à ce propos l'article lucide de Philippe Bourtilio "Recettes pour un site participatif", sur son pourtant excellent site "Sciences et Démocratie" - alors que d'autres sites, plus généralistes, (comme le site d'information Rue89 par exemple), sont le théâtre virtuel de nombreux débats et commentaires d'internautes, y compris sur les nanotechnologies.

Et si nous essayions autre chose ? Pourquoi ne pas aller débattre et dialoguer là où sont les internautes ? Sur ce qu'on appelle, globalement, le "web 2.0" ? Certains musées et centres culturels commencent à s'y frotter (en France : le musée du Quai Branly et son "catalogue numérique"). A Grenoble, nous allons tenter aussi quelques expériences en 2008 - dont ce blog peut être considéré comme une des prémisses. Et si on se retrouvait bientôt sur Second Life ?