mercredi 26 septembre 2007

Vous avez dit Nano Art ?

Jusqu'au 30 septembre, le Festival Art Outsider (voir site web) questionne les "Territoires invisibles" aux croisements arts, sciences et nanotechnologies. Des rapports essentiellement métaphoriques, poétiques, pour ce festival, qui peuvent sembler assez éloignés de l'approche directe, immédiate, des promoteurs du "Nano Art".

TERRITOIRES INVISIBLES nous confronte à de multiples valeurs d’échelles et s’articule autour d’une double approche: la première – littérale - propose une déambulation dans les nouveaux champs de création qu’ouvre l'infiniment petit; la seconde – métaphorique - nous invite à explorer à la fois les mondes parallèles et immatériels qui nous entourent et les images mentales que notre imaginaire façonne.
[Extrait du site web de Art Outsider]

Invisible, infiniment petit, jeux d'échelle... il aurait fallu qu'Henri Chapier et Jean-Luc Soret, créateurs de ce festival qui se déroule chaque année à la Maison Européenne de la Photographie à Paris, vivent dans un monde parallèle pour ne pas s'intéresser aux nanosciences et nanotechnologes ! Car Art Outsider explore les relations Arts / Sciences / Nouvelles technologies depuis son démarrage, en 2001 : arts virtuels, Bio-Art, Space-Art, ... toutes les tendances actuelles des arts technologiques sont abordées.

Pour son édition "NANO", le festival montre des pièces déjà anciennes (classiques ?), depuis le célèbre film "Puissance de Dix" (Powers of ten, Ray Eames, 1977 - qui fait même l'objet d'un site web dédié), jusqu'au Nanomandala de Victoria Vesna (2003), en passant par la Sculpture Microscopique de Ken Goldberg et Karl Bohringer (1996 - photo ci-contre), ou encore Nano-Scape, sculpture interactive invisible de Christa Sommerer et Laurent Mignonneau (2002). Parmi les oeuvres récentes présentées, signalons Nox Mater, sous-titrée "Etude pour muons et silence", une installation électro-acoustique de Lorella Abenavoll et Nicolas Reeves (oui, le fils de Hubert !), présentée avec le soutien du CUBE (www.lesitedecube.com) - excellent espace de diffusion de la culture multimédia et des arts numériques, qui propose cette année dans le cadre du festival une rencontre publique sur les "Nanofictions".

Pas de "Nano Art" donc, dans ce festival, au sens où l'entend Cris Orfescu, le "pape" US de cette discipline :

NanoArt is a new art discipline related to micro/nanosculptures created by artists/scientists through chemical/physical processes and/or natural micro/nanostructures that are visualized with powerful research tools like Scanning Electron Microscope and Atomic Force Microscope.
[Définition extraite du site NANOART 21]

Quelques exemples d'oeuvres de Orfescu
:










Ce Nano Art là consiste plutôt en une approche "bottom up", pour reprendre le vocabulaire technologique, ascendante, où le chercheur est tellement fasciné par ce qu'il observe, tellement émerveillé, que la nature scientifique de son objet disparaît au profit d'une émotion purement esthétique. A tel point qu'il va parfois tenter "d'arranger" la nature pour obtenir une émotion plus forte encore... qu'il va passer des journées (et des nuits) à bricoler son microscope à force atomique ou à balayage électronique, pour "produire" une image qui résonne en lui. On ne dira jamais assez la part de l'émotion comme moteur du travail scientifique.

Le groupe "nanotechnology" sur Flickr en est une des innombrables illustrations, avec des images (de chercheurs) qui ressemblent curieusement à d'autres images (d'artistes) :

Michèle Crozet, flux nanotyques polychrones

L'image du haut est intitulée : Acid rain in the matrix, elle est d'un certain Steve Jurveston, de Menlo Park (USA), ingénieur en sciences des matériaux sans prétention artistique affichée.
L'image du bas s'intitule : Flux nanotyques polychrones, elle est d'une certaine Michèle Crozet, professeur à l'Ecole Supérieure d'Art de Grenoble. C'est l'image d'une installation réalisée par l'artiste à l'occasion d'un exposition Arts/Sciences à la Casemate, en 2005 (voir les autres photos de cet expo : "Quand la science rejoint l'art").

De quoi confirmer, là aussi, l'idée de convergence entre artistes et scientifiques.

mercredi 19 septembre 2007

Le Conseil Economique et Social Rhône-Alpes publie un rapport sur Science et Société

"Science et société : quelle appropriation par la société civile ?" Sous-titré "éléments pour un débat", le dernier rapport du CESR présenté hier, mardi 18 septembre, lors d'un colloque public au Conseil régional Rhône-Alpes (photo), prend donc clairement position pour une démarche "d'appropriation" par les citoyens des enjeux et questions soulevées par les développement scientifiques et technologiques. "Appropriation" et non "acceptation", participation de la société civile aux choix et évaluations sociales des technologies, et non simple vulgarisation positiviste des sciences. Même si tous les intervenants à la tribune, et dans la salle, se sont accordés sur la nécessité d'informer, voire "d'éduquer" le public, les arrières-pensées des uns et des autres quant au "message à faire passer" n'en étaient pas moins présentes. Comme si, pour certains, appropriation et acceptation étaient synonymes ; comme si les termes employés n'avaient finalement guère d'importance...

Science et société : éviter de traiter des faux problèmes ? Dans une introduction salutaire, Joëlle Le Marec, sociologue à l'ENS Lettres Sciences Humaines (Lyon) et responsable du célèbre cluster 14 ("enjeux et représentations des sciences, des technologies et de leurs usages" - voir le site web), a rappelé que les nombreuses recherches en sociologie des sciences ou en sciences politiques de ces dernières années montrent que la réalité du terrain est loin des représentations souvent caricaturales d'un véritable "gouffre" entre science et société. "Les enquêtes montrent qu'on est loin de l’image d’un public résistant et irrationnel, qui risquerait de retarder le développement, car les scientifiques eux-mêmes partagent les doutes, les interrogations et les inquiétudes des autres citoyens." Pour la sociologue, le problème n'est pas dans la rencontre entre science et société, mais dans l'élaboration des modes collectifs de régulation. Qui contrôle aujourd'hui la production des connaissances ? Comment croire encore que le mode de financement de la recherche n'a pas d'impact sur ses résultats ? Comment faire face à la "privatisation" du savoir, lorsque toute nouvelle connaissance peut faire l'objet d'un brevet ?

Quelques pistes pour une meilleure appropriation des sciences par la société. Le CESR plaide pour une meilleure participation des citoyens dans les décisions publiques. Il rappelle judicieusement que "deux principes de base s'imposent à la sphère politique : l'affirmation par les responsables politiques de la volonté d'engager des processus participatifs autonomes, et leur engagement à prendre en compte les propositions et recommandations issues de ces procesus comme éléments d'aide à la décision." Pour le CESR, outre les politiques, 3 publics sont prioritaires : les jeunes, les salariés des entreprises (notamment celles impliquées dans les Pôles de Compétitivité), et les associations de parents d'élèves. Le Conseil a également identifié des "lieux-relais" pour mettre en oeuvre et développer ces processus participatifs. Le CESR lui-même bien sûr, qui constitue une sorte de "panel" socio-économique de la société, les CCSTI (la région Rhône-Alpes est la seule région française à bénéficier d'un réseau de 8 CCSTI), l'école (de la maternelle au supérieur), les médias, les collectivités locales et les associations.

Vers un positionnement plus "sociétal" des CCSTI ? Depuis plus de 10 ans, les CCSTI ont été soutenus et accompagnés dans leur développement par le CESR Rhône-Alpes. Cette nouvelle interpellation n'est donc pas à prendre à la légère. Le conseil propose d'évoluer vers "de nouvelles pratiques de co-construction pour une représentation plus large de la société dans les comités de pilotage et les processus de conception d'actions" et "un positionnement plus sociétal, moins formel, pour être un espace de médiation, d'information, de rencontre et d'expérience". Ce nouveau positionnement permettraient aux CCSTI de "sensibiliser, éclairer et questionner la culture de l'innovation au niveau des usagers, citoyens et consommateurs, et pas seulement des scientifiques."Une démarche dans laquelle le CCSTI de Grenoble s'est déjà engagé, à travers des actions comme les débats publics Nanoviv ou la réalisation de l'exposition itinérante EXPO NANO. Mais la route est encore longue pour sortir du pédagogisme, voire du prosélytisme, sans lesquels certains scientifiques ne sauraient imaginer un dialogue avec la société. A nous donc, médiateurs, journalistes, jeunes chercheurs, militants, responsables politiques ou scientifiques, d'engager cette évolution, et de placer le citoyen (et non le chercheur) au coeur de nos actions et de nos préoccupations. La science est dans la société - à nous, ensemble, de "faire société".

jeudi 13 septembre 2007

La Région Rhône-Alpes questionne le développement des nanotechnologies

Quelques mois après le Conseil Régional d'Ile-de-France et sa conférence de citoyens, la région Rhône-Alpes s'interroge sur le développement des nanosciences et nanotechnologies, sous l'angle de la décision publique. "Nanotechnologies et décision publique" est l'intitulé du colloque organisé sur 2 jours au siège du Conseil Régional Rhône-Alpes, à Charbonnières, les 12 septembre et 2 octobre 2007.

Le premier acte vient donc de s'achever. "Plus de 150 personnes se sont inscrites et sont venues participer à ce colloque" s'est félicité, en introduction, Roger Fougères, Vice-Président en charge de la recherche à la Région Rhône-Alpes et instigateur de ces 2 journées. Puis, pas moins 12 conférenciers sont intervenus. Que retenir de ces longues heures de discours ?

Sérendipité. Quelques mots savants ont marqué les esprits. Par ordre d'apparition, on retiendra "sérendipité" (au secours ! allez lire la définition dans wikipédia) proposé par le premier intervenant, Alexei Grinbaum, philosophe, chercheur dans un nouveau labo du CEA, le LARSIM (voir le site web du labo ; labo dirigé par le célèbre physicien/philosophe Etienne Klein). Pour Grinbaum, les recherches en nanotechnologies sont particulières dans la mesure où l'objectif des chercheurs consiste non pas à élaborer des lois, mais à susciter des comportements inconnus, dont les découvertes révèlent pour une grande part de surprise - cette fameuse «sérendipité». Vous avez dit apprenti sorcier ? Et Grinbaum de conclure sur un slogan qui fait recette, semble-t-il, aux USA : "small is infectous". D'après lui, ceci résume la définition sociale actuelle des nanos : compte comme nano tout ce qui est petit, invisible, imperceptible... et dangereux, tel un virus. Nous en saurons plus au printemps 2008, avec la publication de son sur "Le débat sur les nanosciences".

Oxymore. Et puis ce fût au tour de Bernadette Bensaude-Vincent, philosophe à Paris 10. "Slogan racoleur, nano c'est le royaume de l'oxymore" nous a-t-elle déclaré (encore merci pour la définition wiki !). Car on entend en permanence "2 sons de cloche" à propos du développement des nanotechnologies : "ça va tout changer, c'est la prochaine révolution !" et "ça ne change rien, on fait des nanos depuis des décennies déjà !". Pour la philosophe, la nouveauté de la situation tient plutôt à la conjonction de 3 contextes : le contexte scientifique (et le concept de convergence NBIC), le contexte social (crise de confiance dans les sciences et recherche d'une nouvelle gouvernance) et le contexte politique (la globalisation). Bensaude-Vincent insiste sur cette dernière donne : "la mobilisation politique et financière actuelle pour les nanotechnologies est comparable avec celle mise en œuvre pour le projets Manhattan, ou le Plan Calcul. Nous sommes en guerre économique !".

Money for nano. Outre les mots savants, les chiffres prononcés ont aussi été impressionnants. Les nanotechnologies pourraient représenter un marché de 1000 milliards de dollars en 2014. Dans un exposé brillant asséné à la vitesse de la lumière, Françoise Roure, économiste au Ministère de l'économie et des finances, nous a brossé un tableau mondial et concret des enjeux économiques et financiers du développement des nanotechnologies. Où l'on appris, par exemple, que "aux Usa, les investissements privés ont dépassé les investissements publics", ou encore que "la Corée se positionne comme le leader mondial de la production de mémoires de quelques dizaines de nanomètres". Répondant à l'intitulé de cette journée de réflexion, Françoise Roure est convaincue de la nécessité de créer un Observatoire, afin de fournir aux décideurs des statistiques et des éléments concrets (coût : 4 M€ supportés par la CE).

Tox, écotox, nanotox. Bien évidemment, il y eut de nombreuses questions du public (notamment des 35 citoyens panélisés pour l'occasion par la Région) à propos des risques pour l'homme et pour l'environnement que certaines nanoparticules ou nanoproduits pourraient engendrer. Où en sont les études d'impact ? Combien l'état ou l'Europe financent-ils ? Quelle proportion du budget global "nano" pour la "nanotoxicologie" ? Quels sont les premiers résultats ? Pourquoi ne fait-on pas de recherche sur la toxicité des produits avant de les mettre sur le marche ? Les réponses ont été moins claires que les questions. Le représentant de la Direction Générale des Entreprises a même essayé de remplacer "risque" par "crainte" ! La vérité, c'est que la toxicologie est un secteur sinistré en France, qu'il y a très peu de chercheurs dans cette discipline. Alors même si des crédits commencent à être flêchés vers des études d'impact, les chercheurs capables de les réaliser ne sont pas légion...















Les nanotechnologies, bonnes pour l'environnement ?
C'est ce qu'a tenté de nous démontrer Mehdi Moussavi, du CEA Liten, à travers un exposé très intéressant sur "l'apport des nanotechnologies dans les développements des sources d’énergie". Que ce soit pour optimiser le platine utilisé dans les piles à combustible (et dont les stocks sur Terre ne suffiraient même pas pour équiper seulement 20% du parc automobile mondiale en PAC) ou développer de nouvelles générations de cellules photovoltaïques, les nanotechnologies semblent pourvoir apporter des solutions. Toujours au chapître environnement, Jean-Yves Bottero, CNRS, Université Aix-Marseille 3, a montré comment certaines nanoparticules de fer pouvaient contribuer efficacement à la dépollution de l'eau (lire l'excellente interview de J-Y Bottero sur ce sujet dans Vivant Info). Bottero et son équipe mènent aussi des recherches sur des nouvelles membranes nanostructurées pour filtrer l'eau, simples à utiliser, idéales pour les pays du Sud. [Une idée déjà commercialisée en Angleterre, par l'entreprise Life Saver Systems].

Et l'éthique dans tout ça ? Dans le scénario prévu par les organisateurs de cette journée, les questions éthiques étaient réservées au médecin du groupe, François Berger, responsable des activités cliniques de neuro-oncologie au sein l'unité Inserm 318, et membre du réseau Européen Nano2Life. Pour lui, les nanotechnologies conduisent au développement d'une médecine radicalement nouvelle, la "nanomédecine". Diagnostic ultra-précoce, ciblage des médicaments, chirurgie non invasive, nouvelles prothèses, monitoring permanent, médecine personnalisée... comptent parmi les principales caractéristiques de cette nanomédecine. Mais François Berger pointe aussi les dangers : une approche réductionniste d'un humain ravalé à un amas de cellules, une dérive vers la médecine d’amélioration (voire d'augmentation : dopage), l'ambition démiurgique de créer un "homme hybride" ou "transhumain", ou encore des patients sans médecins, livrés à eux-mêmes et surtout à leurs (nano)machines. "Plus que jamais, le médecin et son rapport au patient seront nécessaires dans la nanomédecine. Avec la maladie moléculaire, notre regard sur la maladie change. Mais la médecine dans ses bases socio-humanitaires est indépendante de la technologie." Et François Berger de s'interroger sur l'évolution des métiers médicaux et de santé...

Fin du 1er acte. "L'innovation n'est pas un long fleuve tranquille" nous avait assuré le sociologue des sciences Dominique Vinck en début d'après-midi. Des remous pourraient donc bien se faire sentir le 2 octobre prochain, lors du 2ème (et dernier) acte de ce colloque, qui sera consacré aux "mesures d'accompagnement". A suivre...

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Source des illustrations :
1) Couverture du n°1 de la revue anglaise "Nanonow" (http://www.nanonow.co.uk/). Image utilisée par Alexei Grinbaum dans sa présentation.
2) Image utilisée par le site de l'entreprise Life Saver Systems (http://www.lifesaversystems.com/index.html)
3) Jessica Burns, Up up and away with nanotechnology (http://www.clarion.edu/departments/phys/nanotech/art/)
4) Primo Posthuman 2005 "More comfort, better performance,lower price." (http://www.natasha.cc/primo3m+diagram.htm)

samedi 8 septembre 2007

Appel à propositions "Sciences et société" de l'ANR

L'Agence Nationale de la Recherche (site web) a lancé le 1er Août dernier un appel à proposition pour un atelier de réflexion prospective sur la thématique "Sciences et société". Dans le jargon de l'ANR, un "atelier de réflexion prospective" permet d'impliquer des chercheurs et des partenaires externes dans l'élaboration d'un futur appel à projet thématique (voir définition).

"(...) au cours des dernières années les études sur les sciences se sont ouvertes aux questions d’expertise publique, de controverses, de débats publics, et ont permis notamment de revisiter la question des rapports entre science et public, science et pouvoir, en particulier la question des rapports complexes entre connaissances scientifiques et décisions publiques et privées.
Des travaux ont également été conduits sur la diversification des acteurs de l’innovation, ou encore par exemple l’impact des TIC dans la production des sciences et des technologies. Par ailleurs, des phénomènes tels que l’intégration plus large des usagers dans les processus de conception des technologies (cf. par exemple les logiciels libres), ou encore l’implication des associations de malades dans la recherche en médecine suscitent des recherches sur l’évolution des rapports entre science et société et sur les questions d’éthique." (extrait du texte de l'appel)


A travers cet appel à proposition, le département SHS de l'ANR souhaite encourager les recherches sur la science, avec un accent particulier porté sur les approches historiques. L'aide attribuée devrait être comprise en 50 k€ et 100 k€. Date limite de dépôt des dossiers : 15 octobre 2007. (page web de l'appel à proposition)

vendredi 7 septembre 2007

Le Ministère de la Recherche relance la labellisation des CCSTI

Après avoir signé un protocole en mars dernier (photo : François Goulard, Ministre de la Recherche, et Christine Welty, Présidente de la Réunion des CCSTI), le ministère de la Recherche, en étroite collaboration avec la Réunion des CCSTI, association nationale fédérant les 43 centres de culture scientifique technique et industrielle français, vient de lancer une nouvelle procédure de labellisation. [Documents disponibles sur le web du Ministère]

Ce processus intervient après une longue période de flou, durant laquelle le Ministère en charge de la Recherche avait un positionnement fluctuant envers les CCSTI. Outre la coordination de la Fête de la Science dans les régions, lancée en 1992 par Hubert Curien alors Ministre de la Recherche et de l'Espace, les attentes du Ministères envers les CCSTI étaient à géométrie variable. Vitrine "grand public" des recherches locales ? Promotion des métiers et carrières scientifiques auprès des jeunes ? Coaching de chercheurs mal à l'aise pour communiquer en public ? Mise en oeuvre de dispositifs de participation des publics ? On a même entendu un ministre (Allègre) marteler que "la capitale, dans culture scientifique, elle doit être à Science et non à Culture".

On ne peut donc que se réjouir de ce regain d'intérêt du Ministère de la recherche pour les CCSTI. Quels sont alors les critères pour être labellisé en CCSTI 2007 ? Tout d'abord, il faut comprendre que le label attribué ne sera pas "CCSTI" mais : "Science et culture, innovation". Cela signifie-t-il que des CCSTI pourraient ne pas être labellisés "Science et culture, innovation" ? Et, symétriquement, d'autres structures non CCSTI pourraient-elles être labellisées ? Rien ne l'interdit, et lorsqu'on interroge les gens du Ministère à ce sujet, cela semble clair : pourquoi un service de diffusion de la culture scientifique d'une Université ne pourrait-il pas, par exemple, prétendre à être labellisé, si tant est qu'il respect les critères établis ?

Décryptage : politiquement d'abord, cette stratégie permet d'éviter un nouvel affrontement direct avec certaines régions (dont Rhône-Alpes) qui ont reconnu unilatéralement des CCSTI. Ainsi, ces CCSTI "locaux" pourraient conserver leur dénomination de CCSTI - mais sans labellisation nationale, donc sans engagement de financement pérenne de l'Etat. Ensuite, cette stratégie ouvre grande la porte aux Universités et organismes de recherche. Ici, le Ministère cherche à encourager ces structures à s'engager et s'investir toujours plus dans les actions de médiation et de diffusion de la culture scientifique technique & industrielle. Un parallèlisme est même recherché dans les calendriers avec celui des contrats quadriennaux des Universités.

Finalement, sur quoi repose cette procédure de labellisation ? Quels sont les exigences de l'Etat pour attribuer ce nouveau label ? Il y en 3 :
  1. être une "tête de réseau territorial", c'est-à-dire à la fois bien connaître son environnement, valoriser l'activité de recherche en région, être un centre de ressource et de diffusion, coordonner des événements culturels et scientifiques et mettre en oeuvre des politiques de formation à la médiation scientifique.
  2. être "acteur de la médiation scientifique, technique et industrielles et du dialogue Sciences et Société", c'est l'exigence véritablement culturelle, qui repose sur la mise en oeuvre d'une programmation culturelle traduisant un certain regard sur la médiation scientifique et le dialogue Sciences et Société.
  3. être doté d'une gouvernance et d'un système d'organisation montrant à la fois la dynamique professionnelle de la structure (statuts de l'organisme, organisation générale, politique de RH, expertise extérieure, système de gestion) et sa capacité à accueillir les publics.
Une première "campagne" de labellisation démarre en ce début de septembre 2007 (date limite de dépôt des dossiers à la DRRT de sa région : 21/09/07). Elle est réservée aux CCSTI qui souhaitent s'impliquer. Les résultats sont attendus pour le 1er trimestre 2008, avec publication au Journal Officiel des heureux (?) élus. A suivre...

lundi 3 septembre 2007

Triste cadeau de rentrée


Surprise ! Il m'attendait à mon retour de congés. Tronant là, sur mon bureau, du haut de ses 800 pages (soit 7,5 kg), toisant les piles de courrier à traiter. Depuis les premières volume expédiés en France, il lui aura fallu 6 mois pour me parvenir. Des rives du Bosphore aux coteaux de la Bastille, à Grenoble, en passant par un centre d'expédition à Düsseldorf, en Allemagne, voici "L'atlas de la création - volume 1", d'un certain Harun Yahya, offert gracieusement, port compris, par Global Publishing - car, précisons-le immédiatement, je n'ai jamais passé commande d'un tel document.

De quoi s'agit-il ? D'un magnifique ouvrage dénonçant la théorie de l'évolution. Tout simplement. "L’évolution est une imposture ; la création est un fait" peut-on lire tout au long de ces 800 pages fort bien illustrées avec de superbes images de fossiles (voir photos). L'auteur, Harun Yahya, pseudonyme de Adnan Oktar, né à Ankara en 1956, s'appuie sur le Coran pour dénoncer, selon lui, le "mythe" de l'évolution. "Les espèces n'ont jamais changé". Ses preuves ? Des ressemblances de forme entre certains fossiles et des animaux et des plantes vivant aujourd'hui (crabes, crevettes, araignées, etc.). Evidemment, ces preuves n'en sont pas ; elles ont déjà été vivement dénoncées par des scientifiques reconnus, dont le biologiste Hervé Le Guyader (lire l'article dans Le Figaro : "Offensive du créationnisme islamique en France").

Depuis 6 mois donc, ce livre est adressé, en France et dans d'autres pays, gratuitement, à des enseignants, des présidents d'université, des responsables de musées et de centres de culture scientifique. Il est accompagné d'un DVD avec un film intitulé : "Les fossiles réfutent la théorie de l'évolution" sur-titré : "Pour les gens doués d'intelligence". Dans le courrier d'accompagnement, j'apprends que ces généreux éditeurs seraient "ravis que vous puissiez recommander ce livre autour de vous". L'évangélisation est toujours en marche !

Cette offensive des créationnistes islamiques intervient au même moment que l'ouverture, en mai dernier, du "Musée de la création", dans la banlieue de Cincinnati, Kentucky (USA) par les créationistes chrétiens. Un Musée d'histoire naturelle basé sur la Bible, dénonçant avec des arguments semblables à ceux employés par Yahya, les théories de l'évolution (lire l'article dans Libération : "Aux Etats-Unis, l'ouverture du musée des erreurs").

Pourquoi ces différentes actions doivent-elles nous inquiéter ? Parce que le créationnisme, d'inspiration islamique comme d'inspiration chrétienne, n'est pas qu'une théorie "anti-scientifique", il est aussi une idéologie politique. Dans ce triste "Atlas de la création", on lit que le Darwinisme conduit au terrorisme, que les attentats du 11 septembre ont été perpétués par des Darwinistes car "le Darwinisme est la seule philosophie qui valorise et donc encourage le conflit"! On lit encore, dans un chapître pompeusement intitulé : "Le secret au-delà de la matière" que "le monde extérieur est artificiel, rien de matériel n’existe, tout est fait par Dieu". "Le cerveau est un tas de cellules composées de protéines et de molécules grasses. Il est formé de cellules nerveuses appelées neurones. Cette tranche de viande est incapable de percevoir les images, de constituer une conscience ou de créer l’être qu’on appelle « moi »". Tout est dit (et les neurobiologistes apprécieront leur nouveau costume de boucher), il n'y a plus alors qu'à suivre aveuglément les consignes du Livre et de tous les imams et les pasteurs qui savent ce qui est bon pour nous, pauvres pêcheurs.

Ce livre vient de Turquie - il aurait pu venir des USA ou d'un autre pays. La semaine dernière, le parlement Turc a élu Abdullah Gül, Président de la république Turque. Abullah Gül était le représentant d'un mouvement islamiste, le "Parti de la justice et du développement", de Turquie. Il est aussi fortement pro-européen. A-t-il lu les livres de Yahya ? Qu'en pense-t-il ?

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Le 5 juillet dernier, TF1 a diffusé un reportage dans le JT à propos de cette affaire :

Décollage immédiat !

Ca y est ! Je me décide (enfin) à ouvrir ce nouveau blog pour consigner et partager mes idées, mes questions, mes commentaires et mes critiques à propos de ce qui dépasse une simple activité professionnelle : la vulgarisation/ la communication/ la médiation scientifique. Définir le domaine pose déjà un problème en soi. D'où le nom de ce blog, en forme de clin d'oeil à Bruno Latour et son "Making things public" (MIT Press) - titre non seulement d'un livre mais surtout d'une exposition dont il fut le commissaire au ZKM en 2005.

En français, on pourrait traduire "Making science public" par "la publicisation de la science", concept proposé et discuté par Jean Caune, et qui donna lieu à un colloque à Grenoble en 2005, organisé par le GRESEC/Université Stendhal (à la suite duquel l'ouvrage "La publicisation de la science" fut publié aux PUG sous la direction d'Isabelle Pailliart).

Voilà pour le titre. Quant au contenu, il ne s'agit pas d'un blog unversitaire, mais bien du bloc-note d'un opérateur de terrain, d'un responsable d'un centre de culture scientifique et technique (CCSTI) qui tente au quotidien, avec son équipe et de nombreux partenaires extérieurs, de rendre les sciences (et les technologies et l'innovation) publiques. Expos, rencontres et débats publics, ateliers participatifs, édition, collaborations avec des artistes, des enseignants, des chercheurs... les moyens sont multiples et variés.

En parallèle au site web officiel du CCSTI Grenoble (www.ccsti-grenoble.org), je propose sur ce blog de discuter les réalisations, de dévoiler leurs conditions de production, et de partager mes convictions et mes doutes pour parvenir à cette mission indispensable aujourd'hui : l'appropriation et la transformation des connaissances scientifiques et technologiques par tous, pour une nouvelle culture de l'innovation.

J'espère que vous serez nombreux à poster des messages sur ce nouveau blog !